HISTOIRE et TRADITIONS - EMIA

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Aspects Historiques du Recrutement "Corps de Troupe"


L'E.S.M.I.A. DE COETQUIDAN (du 23 mai 1947 au 13 septembre 1961)

A partir de 1947, les promotions régulières vont succéder aux promotions exceptionnelles de guerre, dont la structure, la durée du stage variaient suivant les nécessités du moment.

Mais les contraintes que font peser sur l'Armée française les péripéties des campagnes menées Outre-Mer seront à l'origine de nombreuses variations dans l'organisation de l'Ecole.

Comme auparavant, l'école admet deux catégories d'élèves, les premiers issus directement du concours de Saint-Cyr, les seconds provenant des Corps de troupe. Pour tous, la durée des études à COETQUIDAN est fixée à une année. Pour les Saint-Cyriens, le galon de sous-lieutenant est obtenu au bout de deux années, la première étant passée au cours d'un stage probatoire dans un Corps de troupe, la deuxième à COETQUIDAN.

Avec la 8° série, baptisée "NOUVEAU BAHUT", qui groupe les deux catégories d'élèves, I'Ecole fait revivre ouvertement les traditions de Saint-Cyr. En effet, le mot "spéciale" s'ajoute au titre de l'Ecole qui devient L' "ÉCOLE SPECIALE MILITAIRE INTERARMES" ou E.S.M.I.A., le 02 mai 1947.

Dès lors, les traditions de Saint-Cyr vont s'affirmer au cours de cérémonies et festivités telles que la Remise des Casoars, le Baptême, le Triomphe, le Gala à Paris, qui prennent un caractère officiel. Le drapeau de Saint-Cyr devient le seul drapeau de l'E.S.M.I.A. qui participe pour la première fois en grand uniforme de Saint-Cyr aux cérémonies du 14 Juillet 1949 à Paris

Mais, peu à peu, l'Ecole s'achemine vers un important changement de structure en 1951, prélude de la naissance de deux écoles de formation distinctes dix ans après, l'E.S.M.. de Saint-Cyr et I'EMIA. Cette formule est rendue nécessaire en 1961, en vue de revaloriser le niveau d'études des élèves de Saint-Cyr, d'obtenir des diplômes d'équivalence et d'augmenter le nombre de candidats au concours. D'autre part, la durée du stage probatoire que les Saint-Cyriens accomplissent dans les Corps de troupe avant d'entrer à I'E.S.M.I.A., fixée initialement à un an, va diminuer pour augmenter d'autant la durée du stage à COETQUIDAN primitivement fixée à un an. Ce stage sera définitivement supprimé en 1951.

Cette mesure aura pour conséquence

- d'amener la durée du stage des Saint-Cyriens à deux ans alors que leurs camarades issus des Corps de troupe ne font qu'un an ;

- de mettre en présence deux promotions pendant une durée qui s'achemine progressivement à une année ;

- de changer la structure de l'école pour que les études puissent être menées d'une façon cohérente par les deux catégories d'élèves.

Cette évolution s'effectuera à deux reprises

- à partir de 1948, la promotion de jeunes qui vient de suivre seulement un stage de 9 mois dans les Corps de troupe, arrive à COETQUIDAN alors que leurs Anciens y sont encore. Le Bataillon unique et mixte d'une seule promotion est alors remplacé par un Groupe de deux bataillons mixtes à quatre compagnies chacun, un bataillon d'Anciens, un bataillon de Jeunes.

- à partir de 1951, du fait de la suppression du stage probatoire des Saint-Cyriens en Corps de troupe, les Saint-Cyriens font deux ans à COETQUIDAN alors que leurs camarades "Milis" n'en font qu'un.

La séparation entre les élèves issus du concours de Saint-Cyr et ceux provenant des Corps de troupe est inévitable. L'E.S.M.I.A. est alors articulée en trois bataillons distincts suivant l'origine des élèves qui continuent à porter le même uniforme, le G.U. de Saint-Cyr dans un but d'unité. Cette mesure se traduit par la création d'un Groupe de trois bataillons séparés:

- le Premier bataillon, celui des Saint-Cyriens de deuxième année,

- le Deuxième bataillon formé d'élèves de la division "Corps de troupe",

- le Troisième bataillon, groupant les Saint-Cyriens de première année, les "Bazars".

Cette formule durera jusqu'en 1961, date à laquelle l'E.S.M.I.A. donnera naissance à deux écoles distinctes, l'E.S.M. de Saint-Cyr et l'E.M.I.A. implantées toutes deux, depuis 1968 dans les bâtiments de la "Nouvelle École" qui en font l'une des plus modernes du monde.

Durant cette période de 14 ans, I'Ecole n'a cessé de fournir des cadres destinés à combattre en Indochine et en Afrique du Nord, qui, suivant l'exemple de leurs aînés, ont payé un lourd tribut.

Les noms de certaines promotions s'inspirent de ces campagnes où tant de jeunes officiers à peine sortis de COETQUIDAN font le sacrifice de leur vie : "EXTREME ORIENT" (1950 - 1952), "MARECHAL DE LATTRE" (1951 - 1953), "CEUX DE DIEN-BIEN-PHU" (1953 - 1955), "TERRE D'AFRIQUE" (1957 - 1959), "MARECHAL BUGEAUD" (1958 - 1960), "LIEUTENANT-COLONEL JEAN PIERRE" (1959 - 1961).



LA 8° SERIE PROMOTION "NOUVEAU BAHUT" (1945 - 1947)




A la rentrée de décembre 1946, le régime croisière du temps de paix est repris. L'Ecole améliore son installation à COETQUIDAN.

Après la Libération, en mai 1945, a lieu le premier concours officiel de l'E.S.M. de Saint-Cyr, d'où est issue la première promotion régulière de Saint-Cyriens du temps de paix, celle de 1945-1947.

Comme auparavant, I'E.M.I.A. de COETQUIDAN admet les deux catégories d'élèves, ceux du concours direct de Saint-Cyr et ceux issus des Corps de troupe ou d'une école de Cadres.

Les 350 Saint-Cyriens issus du concours de 1945, arrivent à COETQUIDAN le ler décembre 1946 où ils sont amalgamés avec leurs 500 camarades des Corps de troupe dans les différentes compagnies de l'unique bataillon d'élèves. Auparavant, ils ont suivi pendant une année une série de stages dans les Corps de troupe et dans les Ecoles de Cadres.

Leur incorporation se déroule les 25, 26 et 27 novembre 1945 au Centre d'Organisation de l'Infanterie, le C.O.I. N° 104 d'Angers, où ils signent un engagement de huit ans au titre de l'E.S.M. de Saint-Cyr.

Au bout de 15 jours, ils rejoignent le Camp du Ruchard, où leur encadrement est assuré par leurs Anciens de Saint-Cyr, rescapés des camps de concentration, pour y suivre un peloton de sous-officiers d'une durée de trois mois. Ce stage, sous le commandement du Chef de Bataillon de TARLE, débute le 14 décembre 1945 ; il prend fin le 14 mars 1946. Ils sont sévèrement bahutés par leurs Grands Anciens de la "CROIX DE PROVENCE", rescapés des camps de concentration, rassemblés eux aussi au camp du Ruchard.

D'avril à août 1946, les cyrards nommés au grade de sergent, pour la très grande majorité d'entre eux, suivent un stage dans un Corps de troupe d'Infanterie. En particulier, la plupart d'entre eux sont affectés dans des régiments de Tirailleurs, d'Infanterie alpine ou dans des bataillons de Chasseurs.

A l'issue de ce séjour dans les Corps d'Infanterie, un autre stage de trois mois, du ler septembre au 30 novembre 1946, est prévu à l'Ecole de Cadres de ROUFFACH. Cette école, créée pendant la guerre par le Général de Lattre de Tassigny est commandée alors par le Général Rouvillois. En attendant, c'est l'Ecole de Strasbourg, placée sous les ordres du Colonel QUINCHE, qui les accueillera pendant une quinzaine de jours. Dès lors, les élèves seront inspectés fréquemment par le Général de Lattre de Tassigny, qui entend surveiller de très près les étapes de leur formation.

Le ler décembre, les élèves de cette 8° série de COETQUIDAN "intègrent" à I'Ecole Militaire Interarmes de COETQUIDAN, placée sous le commandement du Général MOLLE, assisté du Colonel GEZE, commandant en second. Ils sont répartis avec leurs camarades des Corps de troupe, âgés de 24 à 30 ans, en service avant le ler avril 1945, qui viennent de suivre un stage à l'école de Rouffach.

Dès son arrivée à COETQUIDAN, cette promotion, animée par un dynamique "Père Système", l'élève MOINET, s'applique à relancer les traditions de I'Ecole de Saint-Cyr. Elle porte le numéro 132 à l'annuaire de l'E.S.M. Le nom de baptême qu'elle choisit "NOUVEAU BAHUT" est un symbole ; il augure bien de l'avenir et dénote l'indéniable faculté d'adaptation des jeunes cyrards à un nouveau style de vie dans la lande bretonne. Ils l'affirment alors dans leur chant de promotion qui déclare son attachement indéfectible à la vieille école.

Le 08 mai 1947, jour anniversaire de la Victoire, l'Ecole défile à Paris. La tenue est sobre, elle comporte le blouson kaki, les guêtres et gants blancs, le calot bleu et rouge ; mais la garde du drapeau de I'E.S.M. de Saint-Cyr a revêtu le G.U. traditionnel du Saint-Cyrien. Le drapeau est porté par l'EOA DETOUILLON, major des Corps de troupe.

La décision ministérielle du 23 mai 1947 rend à l'Ecole son appellation traditionnelle d' "ECOLE SPECIALE MILITAIRE" en y adjoignant le qualificatif "INTERARMES".

L'E.S.M.I.A. est en effet une école interarmes dans son esprit, dans ses méthodes, dans son encadrement, mais aussi dans son éventail de sortie. "Cyrards" et "Corps de troupe" se trouvent mélangés dans le même bataillon mixte ; ils forment une même promotion et suivent le même enseignement. (Mais il faudra attendre octobre 1949, au départ de la promotion "RHIN ET DANUBE" pour que les élèves Corps de troupe puissent sortir avec le grade de sous-lieutenant, en même temps que leurs camarades cyrards et non pas avec les galons d'aspirants !). Les Saint-Cyriens sont en effet nommés sous-lieutenants à compter du ler octobre suivant leur sortie de COETQUIDAN, c'est-à-dire après deux ans de service. Le choix des Armes est déterminé par le numéro de classement au concours de sortie, c'est le fameux "amphi-arme".

L'Ecole devenue "spéciale", c'est de nouveau le drapeau de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr qui préside aux cérémonies. Celui de l'E.M.I.A. est déposé au Musée du Souvenir de l'Ecole. (Il sera mis en service le 06 novembre 1951, comme l'emblême de l'actuelle EMIA).

De grandes manifestations officielles, rehaussées par la présence de hautes personnalités, témoignent du renouveau des traditions adaptées à l'époque moderne.

La journée du 29 juin 1947 marque le départ d'une nouvelle période ; en effet, en cette seule journée, la promotion de la 8° série célèbre à la fois la remise des casoars, son Baptême et son Triomphe.

Ces cérémonies se déroulent sur le Marchfeld, en présence des Anciens de la promotion "INDOCHINE" (1946), venus des Ecoles d'Application pour la circonstance, et également du Général COLIN, ancien commandant de l'E.S.M. de 1925 à 1928, et président de la Saint-Cyrienne. Le Général remit à la promotion, qui prend le nom de "NOUVEAU BAHUT" suivant le cérémonial traditionnel, un flambeau allumé dans les ruines du Vieux Bahut à Saint-Cyr.

Les Anciens de la promotion "INDOCHINE" procèdent alors à la Remise des Casoars. Tous les élèves sont en tenue de gabardine kaki d'officier et les casoars sont fixés sur les képis du modèle de la Spéciale, qui viennent d'être remis en service. (Les Fines ont la chance de se voir gratifier d'un shako).

Puis le Triomphe se poursuit par la reconstitution de la bataille d'Austerlitz, le bahutage des bazars venus ce jour là à COETQUIDAN, et l'inauguration du nouveau "MUSEE DU SOUVENIR". Installé dans l'actuel P.C. des EOR., face au Marchfeld, il recueille les rares reliques sauvées de la tourmente de 1944 ainsi que celles qui viennent s'ajouter.

Les statues équestres de Marceau et de Kléber, le bas relief du Coquillard, ramenés de Saint-Cyr, sont réinstallés à COETQUIDAN sur des socles neufs ; Kléber domine avec prestance le Marchfeld, tandis que Marceau, qui persiste à chausser ses étriers à l'envers, préside aux évolutions des élèves sur le stade qui porte son nom. Partout la vie s'organise, rappelant la vieille école ; des panneaux et pancartes indiquant le nom de "SAINT-CYR - COETQUIDAN" apparaissent le long des routes.

Le Bois d'HANTEL a remplacé le "Petit Bois" ... Les BOSSES, la grande et la petite, ont supplanté le terrain de SATORY, mais on n'y rencontre plus de MALVINA ! Qu'importe, l'esprit de la Tradition souffle sur la lande bretonne !

Comme autrefois, le "Père Système", dans l'uniforme de Colonel des Chasseurs de la Garde cher à l'Empereur, caracole à la tête de son Etat-Major, costumé en Maréchaux de l'Empire le jour du Triomphe. Mais il est maintenant assisté d'un "GRAND CARRE" qui a renforcé le traditionnel "CONSEIL DES FINES". En effet, le Grand Carré, assisté du Conseil des Fines, est chargé de maintenir le "système" des Traditions de la Spéciale. ("Système" signifiait, dès l'origine, les us et coutumes de la Spéciale). Elu par l'ensemble de la promotion, il est composé du "PERE SYSTEME", du "COLONEL DES GARDES", du "COMMANDANT DES GARDES" et du Trésorier, appelé "KS" Chacun d'eux travaille dans un domaine particulier, le Père Système couvrant l'ensemble tant au point de vue décision qu'au point de vue responsabilité. Le Colonel des Gardes s'occupe du bahutage et de tous les dégagements à l'intérieur de l'Ecole. Le Commandant des Gardes, de tous les dégagements à l'extérieur de l'Ecole. En fait, le Grand Carré est surtout une équipe.

Mais le Grand Carré évoque pour les Anciens un lieu prédestiné dans les murs du Vieux Bahut. En effet, par un phénomène curieux d'assimilation, l'appellation donnée à un lieu géographique est devenu celle d'un groupe d'élèves ... sans doute parce que le Père Système et les Fines fréquentaient souvent le palier de l'étage où se tenaient le bureau du Capitaine de Garde et la salle de service. A Saint-Cyr, ce palier, situé au premier étage du bâtiment des Anciens, avait été baptisé "GRAND CARRE". C'était là qu' était rendu l'appel du soir et présentés les élèves punis à l'officier de garde.

Quant au "CONSEIL DES FINES", il est devenu une assemblée composée du Grand Carré et des Fines de Compagnie.

Le 14 Juillet 1947, la promotion défile pour la première fois à Paris, en casoar et gants blancs sur les CHAMPS ELYSEES. Comme pour son Triomphe, la tenue est en gabardine kaki du modèle officier et les casoars sont fixés sur les képis du modèle de Saint-Cyr.

A la veille de son "P.D.B.", le 29 août 1947, l'école est honorée par la visite du maréchal MONTGOMERY, accompagné du Général de LATTRE de TASSIGNY. C'est sous son aspect le plus moderne que le vicomte d'EL ALAMEIN passe en revue la promotion, qui a revêtu la tenue légère d'été, short et chemisette, calot bleu et rouge, pour la circonstance. Cette visite est commémorée par une peinture murale qui décore la salle RHIN et DANUBE, au deuxième étage du bâtiment de commandement.

Enfin, prenant la suite du premier bal de la Saint-Cyrienne donné à l'Hôtel Continental, le 02 février 1947, la promotion "NOUVEAU BAHUT", alors en stage dans les Ecoles d'Application, se réunit au Palais de Chaillot pour donner son gala, le 15 novembre 1947.

Ce premier Gala de promotion après la Libération, donne le départ à tous ceux qui seront organisés par les promotions suivantes dans le cadre du voyage de tradition dans la région parisienne. Il est donné au profit des familles d'officiers tombés en Indochine.

Cette promotion "NOUVEAU BAHUT" verra un grand nombre des siens tomber au champ d'honneur. Parmi ses 84 anciens élèves, 41 avaient été reçus au premier concours de Saint-Cyr d'après-guerre. Tous donneront leur vie dans les rizières et pitons d'Indochine et les djebels d'Algérie.



LA 9° SERIE - PROMOTION "GÉNÉRAL LECLERC"
(du ler Décembre 1947 au 20 Septembre 1948)

Les Cyrards de cette future promotion de l'E.S.M.I.A. proviennent du deuxième concours régulier de Saint-Cyr, dont la liste des reçus parait au J.O. des 23 et 29 Juillet 1946. Comme leurs Anciens, ils doivent suivre un stage d'un an dans les Corps de troupe et Ecoles de Cadres avant d'intégrer à COETQUIDAN.

Leur incorporation a lieu à MUTZIG, du 10 au 13 Octobre 1946. Ces élèves forment le "Groupement de Saint-Cyriens" du camp léger du 153° R.I., commandé par le Chef de Bataillon THIBIERGE. A l'issue de ce stage, d'une durée de quatre mois, les élèves quittent MUTZIG le 16 février 1947, certains avec le grade de sergent, la majorité avec les galons de caporal-chef ou de caporal. Ils sont alors astreints à suivre un stage de neuf mois dans les Corps de troupe, du ler mars au 30 novembre 1947. Ils rejoignent les camps légers de FRILEUSE, des LOGES, d'ALTKIRCH, d'ARRAS,etc ...

A leur arrivée, à l'E.S.M.I.A de COETQUIDAN, le ler décembre 1947, ils sont immédiatement amalgamés avec leurs camarades issus des Corps de troupe qui intègrent en même temps qu'eux. Ensemble, ils forment la 9°série qui restera à COETQUIDAN jusqu'au 09.09.48 et sera dirigée vers les Ecoles d'Application le ler Octobre 1948.

Les élèves de cette promotion seront bahutés par leurs Anciens de la "Nouveau Bahut" à plusieurs reprises, bien qu'aucune période passée ensemble à COETQUIDAN n'ait été prévue dans les programmes.

D'abord, ils reçoivent la visite de leurs Anciens à MUTZIG, dans le courant du mois d'octobre, puis durant leur stage en Corps de troupe, ils se rendent à COETQUIDAN pour assister au Triomphe de la "NOUVEAU BAHUT", le 23 juin 1947. Ils subissent l'attaque du T.I.V., le 15 juin, et sont accueillis par le Colonel des Gardes BECHU, qui "pique un laïus" dans la plus pure tradition. Une trentaine d'entre eux, provenant du 152° R.I., - exécutera le "steeple du bazar" prévu dans le programme du Triomphe de la "NOUVEAU BAHUT". Ainsi, malgré l'éloignement des deux promotions, les traditions de bahutage sont conservées.

Cette série, qui sera baptisée "LECLERC", connaît elle aussi de nombreux "dégagements".

A peine arrivée à COETQUIDAN, la promotion se rend à Paris, le 06 décembre 1948, pour défiler devant la dépouille du Général Leclerc de Hauteclocque, tué le 28 novembre dans un accident d'avion près de Colomb-Béchar.

A COETQUIDAN, le 20 décembre 1947, elle est présentée au drapeau de l'E.S.M. de Saint-Cyr. par le Général MOLLE, commandant l'Ecole. Au cours de cette journée, l'Ambassadeur du Mexique remet à l'E.S.M.I.A. un drapeau offert par les Cadets de MEXICO en hommage à leurs camarades français. Cet emblème est déposé au Musée du Souvenir.

Sous les armes et avant la remise des casoars, les élèves sont maintenant revêtus de la tenue 46, avec calot bleu et rouge, guêtres et gants blancs.

C'est dans cette tenue qu'ils sont inspectés, le 04 février 1948, par le Général BETHOUART, Haut commissaire de la République Française en Autriche, et qu'ils participent à Paris au bal de Saint-Cyr, organisé le 1er février 1948 par la Saint-Cyrienne dans les salons de l'Hôtel Continental.

Le 13 mars 1948, en présence de Madame la Générale LECLERC de HAUTECLOCQUE, du Général REVERS, chef d'Etat-Major général de l'Armée de terre et de leurs Anciens venus des Ecoles d'Application, la promotion est baptisée "Général LECLERC". En tenue gabardine d'officier, les élèves reçoivent le casoar qui fleurit le képi bleu-ciel de Saint-Cyr.

C'est dans cette même tenue, casoar au képi et gants blancs, que la promotion "LECLERC" participe aux fêtes commémoratives de la Victoire, organisées à Rennes, le 09 Mai 1948. Le 09 juillet, la promotion est passée en revue par NORODOM SIHANOUK, roi du Cambodge, venu rendre visite à l'école. Le 14 Juillet, à Paris, l'unique bataillon de la "LECLERC" défile sur les Champs Elysées en tenue 46 (*), casoar au képi, guêtres et gants blancs.

L'instruction militaire est menée avec vigueur car l'Indochine demande des jeunes chefs de section rompus au combat d'infanterie. Au cours d'un exercice présenté par la promotion au Camp de la COURTINE, en août 1948, le Général de LATTRE est légèrement blessé au bras droit. Evacué à l'hôpital d'ARGENTON, il reçoit la visite du Père Système, l'EOA CHAMPAGNE de LABRIOLLE, qui obtient, à titre de souvenir, le blouson du Général. Ce vêtement, orné de la barette de décorations du général, des galons de Caporal d 'honneur du Bataillon de choc, et de lère classe du R.M.L.E. est déposé au Musée du Souvenir. La manche droite du blouson porte la déchirure occasionnée par le petit éclat, auteur de la blessure.

Le Triomphe de la "LECLERC" a lieu sur le Marchfeld et au-delà du bois d'Hantel de COETQUIDAN, le 08 août 1948, en même temps que le Baptême de la jeune promotion "RHIN ET DANUBE". Ainsi se renoue la vieille tradition du Triomphe des Anciens, jumelé avec le Baptême des Jeunes, tradition qui avait été perturbée depuis 1939 en raison des évènements. En effet, cette cérémonie est rendue possible du fait du raccourcissement de trois mois du stage en Corps de troupe des Bazars, qui arrivent à COETQUIDAN les premiers jours d'août

Cette journée du Triomphe est placée sous la présidence du Général de LATTRE de TASSIGNY, qui vient de prendre le Commandement en chef des forces terrestres de l'OTAN.

Durant la cérémonie du baptême, les Saint-Cyriens de la l'LECLERC" fleurissent du casoar les shakos de leurs Bazars, qui en sont tous dotés. La promotion "RHIN ET DANUBE" est en effet la première à porter le shako du G.U. de Saint-Cyr, après la Libération.

A l'issue de son séjour au camp, la promotion "LECLERC" fête son "PDB" le 20 septembre 1948, et rejoint les Ecoles d'Application

Sur les champs de bataille d'Extrême-Orient et d'Afrique du Nord, les 550 élèves de la "LECLERC" laisseront 84 des leurs "Morts pour la France", dont 38 issus du concours de Saint-Cyr.

(*)La tenue 46 comportait un blouson de drap kaki avec boutons apparents alors que la tenue gabardine kaki se composait d'une veste avec poches et d'un pantalon, sans bande de commandement.



LA 10° SERIE - PROMOTION "RHIN ET DANUBE" (1947 - 1949)
(du 03 août 1948 au 13 août 1949)

Avec cette promotion, l'E.S.M.I.A., aux ordres du général MOLLE, reprend la structure traditionnelle de l'E.S.M. à deux bataillons, d'Anciens et de Jeunes, et elle arbore l'uniforme légendaire du Saint-Cyrien en tenue de parade, le "G.U.".

Issus du concours de l'E.S.M. en 1947, les Cyrards de la 100 série sont incorporés à l'E.S.M.I.A. de COETQUIDAN le 15 Octobre 1947. Comme leurs Anciens, ils signent un engagement de huit ans et sont soumis à une série de stages avant d'intégrer définitivement. Dans cette promotion, les Cyrards sont fortement représentés puisque sur un effectif total de 409 élèves, ils atteignent le chiffre de 312, soit une proportion de 76 %.

A l'issue d'une période de dégrossissage de 15 jours, les Saint-Cyriens sont dirigés sur les Corps de troupe d'Infanterie de métropole, d'Allemagne et d'Autriche, pour suivre un stage d'une durée de cinq mois et demi qu'ils terminent avec les grades de Caporal-Chef et Caporal.

Aussitôt après, ils effectuent un autre stage de deux mois, en avril et mai 1948, dans les Ecoles de Cadres de Saint-Maixent, Rouffach et Langenargen.

Ils reviennent ensuite dans les Corps de troupe d'Infanterie avec les galons de Sous-officier et se voient confier les responsabilités afférentes à ce grade durant les mois de juin et juillet.

Le 03 août 1948, ils retrouvent à l'E.S.M.I.A. de COETQUIDAN, leurs camarades issus des Corps de troupe, eux aussi sous?officiers, avec lesquels ils sont amalgamés dans le Bataillon de jeunes, le DEUXIEME BATAILLON, qui part sans coup férir au camp de la COURTINE pour un séjour d'une quinzaine de jours !

Effectivement, pendant la période du 03 août au 20 septembre 1948, l'E.S.M.I.A. comporte deux bataillons mixtes à quatre compagnies chacun. Dans chaque section, les élèves de la division Saint-Cyr sont mélangés avec leurs camarades de la division Corps de troupe.

Ce "GROUPE DE BATAILLONS" comprend:

- Le Premier Bataillon, formé d'élèves Anciens de la "LECLERC"

- Le Deuxième Bataillon, formé de Jeunes de la future promotion "RHIN ET DANUBE", appelés traditionnellement les "BAZARS".

Le ler novembre 1948, l'effectif des élèves s'accroît à COETQUIDAN. En effet, l'E.A.I. quitte le camp d'Auvours et s'installe à côté de l'E.S.M.I.A. Elle est placée sous le commandement du même général. Cette organisation subsistera jusqu'en août 1951, date à laquelle l'E.A.I. s'installera à Saint-Maixent.

Cette 184° promotion "RHIN ET DANUBE" à forte proportion de Cyrards, va affirmer les traditions de là Spéciale au cours de nombreuses cérémonies, tant à l'intérieur de l'Ecole qu'à l'extérieur.

Le 08 août 1948, le baptême de la "RHIN ET DANUBE" correspond au Triomphe de la "LECLERC".

En mars 1949, sur l'esplanade des Invalides à Paris, la promotion défile devant la dépouille du Général GIRAUD.

Le 08 mai 1949, à Paris, la promotion prend part aux festivités et cérémonies qui commémorent la fête de la Victoire de 1945. Les élèves portent la tenue modèle,1946, avec gants blancs, mais sans guêtres, casoar au shako dont tous les élèves sont dotés sans exception. Le 22 du même mois, elle bahute à leur arrivée à l'E.S.M.I.A. de COETQUIDAN, les Bazars de la future promotion ''GÉNÉRAL FRÈRE'' qui forment le Deuxième Bataillon.

Le 02 juin 1949, la promotion "RHIN ET DANUBE" donne son Gala au Palais de Chaillot, en présence du Général de Lattre de Tassigny, Commandant en chef des forces terrestres de l'OTAN, et de M. Max LEJEUNE, secrétaire d'État à la Guerre. Le "Premier Bataillon de France" se présente sur la scène en tenue gabardine d'officier de couleur kaki, avec gants blancs et casoar au shako.

Le 22 juin 1949, le Drapeau de l'E.S.M. de Saint?Cyr participe à une cérémonie du souvenir dans les ruines du Vieux Bahut. Pour la circonstance, les cinq élèves de la Garde sont en G.U. Cette manifestation est organisée par les deux associations de "La Saint-Cyrienne" et "les Amis de Saint-Cyr" ; elle témoigne du souci des Anciens de voir relever de ses ruines l'ancienne Ecole et l'espoir pour un grand nombre de voir s'installer de nouveau Saint-Cyr à Saint-Cyr. Un "Comité de Saint-Cyr" est constitué sous la présidence du Général TOUZET DU VIGIER, une souscription est ouverte pour la restauration du monument aux Morts de l'Ecole.

Mais, pour l'E.S.M.I.A., le 14 Juillet 1949 revêt un aspect exceptionnel.

En effet, la promotion "RHIN ET DANUBE" et la future promotion "GENERAL FRERE" défilent sur les Champs Elysées revêtus de l'uniforme traditionnel de Saint?Cyr, le "G.U." Au printemps de 1949, une décision de M. Max LEJEUNE, rend le Grand Uniforme aux couleurs distinctives de Saint-Cyr, à tous les élèves de l'E.S.M.I.A. originaires du concours direct comme du concours des Corps de troupe. Mais à cette date, aucun insigne de grade ou galon quel qu'il soit, n'est porté sur la manche.

C'est en G.U. que les élèves de la promotion "RHIN ET DANUBE" donnent leur Triomphe, le 07 août 1949, et que la jeune promotion reçoit le nom de ''GÉNÉRAL FRÈRE''. Les cérémonies du Triomphe et du Baptême se déroulent en présence du Général JUIN, alors Résident Général de France au Maroc, venu à COETQUIDAN pour la circonstance.

Ainsi, durant cette période, l'E.S.M.I.A. affirme les traditions de la Spéciale qui retrouve sa structure d'autre fois avec les deux bataillons de jeunes et d'anciens. Cette évolution se produit d'autant mieux que la durée du stage dans les Ecoles de Cadres et les Corps de troupe se réduit chaque année pour finir par s'annuler en 1951, année durant laquelle les élèves de la division de Saint?Cyr feront deux ans à COETQUIDAN. En effet, si la durée du stage probatoire pour les élèves du concours direct de Saint-Cyr est de plus d'un an pour les promotions "Nouveau Bahut" et "Général Leclerc" elle est de neuf mois pour la "RHIN ET DANUBE", elle se réduit à six mois pour le ''GÉNÉRAL FRÈRE'', puis cinq mois pour la "GARIGLIANO" et quatre mois seulement pour la Promotion "EXTREME-ORIENT", tandis que le séjour à COETQUIDAN est allongé d'autant.

En attendant, les élèves de la "RHIN ET DANUBE" quittent l'école le 13 août 1949. 57 d'entre eux, dont 50 issus du concours de Saint?Cyr, offriront leur vie pour la France.



LA 11° SERIE - PROMOTION "GÉNÉRAL FRÈRE" (1948 - 1950)
(du 23 mai 1949 au 13 août 1950)

Les Saint-Cyriens de cette promotion sont issus du concours de l'E.S.M. de 1948, qui admet 259 candidats à l'E.S.M.I.A.

Aussitôt après leur incorporation à COETQUIDAN, en octobre 1948, ils partent suivre un stage de six mois dans les Corps de troupe d'Infanterie. Nommés sous-officiers à l'issue de ce stage, ils entrent le 23 mai à l'E.S.M.I.A. de COETQUIDAN, commandée par le Général MOLLE. Comme leurs Anciens, ils sont mélangés avec leurs camarades "Corps de troupe" dans les différentes sections.

L'effectif total de la promotion se compose de 259 Cyrards et 205 "Corps de troupe". Les élèves de la division Corps de troupe sont tous sous-officiers, ayant deux ans de service au 1er octobre 1948; de plus, ils ont subi un stage de formation à l'Ecole de Strasbourg.

Le 07 août 1949, au Triomphe de la "RHIN ET DANUBE", la promotion est baptisée "GENERAL FRERE", du nom de l'ancien commandant de l'E.S.M. de Saint-Cyr de 1931 à 1935, mort en déportation à STRUTHOF en 1944. Le 09 Décembre 1948, une plaque de bronze à la mémoire de ce grand Ancien de la promotion "DU TCHAD" (1900 - 1902) est apposée au bâtiment de commandement du Général (l'actuel bâtiment du Service Général).

Le 11 juin 1950, la promotion "GÉNÉRAL FRÈRE" participe, dans les ruines du Vieux Bahut , à l'inauguration du nouveau monument aux Morts de Saint-Cyr par le Président de la République, M. Vincent AURIOL. Le Chef de l'État épingle la Croix de Guerre 1939 - 1945 avec palme à la cravate du drapeau de l'école de Saint-Cyr, après avoir fait tomber le voile tricolore qui cachait la nouvelle inscription du monument :

"Aux Saint-Cyriens morts au Champ d'Honneur"

Celle-ci remplace l'inscription primitive de l'ancien monument inauguré le 22 Mai 1922, par le président de l'époque, M. MILLERAND. Le libellé était le suivant :

"A la gloire des élèves de Saint-Cyr tombés au Champ d'Honneur"

Face au drapeau du 1er Bataillon de France, M. PLEVEN, Ministre de la Défense Nationale, lit le texte de citation à l'ordre de l'Armée décernée à l'E.S.M. :

"Fidèle à ses traditions de dévouement à la Patrie, de courage, de discipline et d'honneur, L'ÉCOLE SPECIALE MILITAIRE DE SAINT-CYR a brillamment formé des officiers qui, alliant à leurs compétences techniques un sens du devoir poussé jusqu'au sacrifice de leur vie, ont répandu sans mesure leur sang sur les champs de bataille de SYRIE, du MAROC, de la deuxième guerre mondiale et de l'Indochine. A donné à la FRANCE une pléîade de grands chefs qui ont su conduire la nation à la victoire. A ainsi hautement mérité de la reconnaissance du pays".

Cette cérémonie est le point de départ d'une campagne pour reconstruire Saint-Cyr à SaintCyr. A l'instar du monument aux Morts, celui de Pol LAPEYRE est réédifié à l'emplacement de l'ancien manège de la Guérinière ... Les esprits s'agitent. Aux détracteurs de cette proposition, le contrôleur Général de l'Armée LACHENAUD, président de la Saint-Cyrienne, réaffirme les avantages de réinstaller l'Ecole dans ses bâtiments légendaires, les périodes de manoeuvres pouvant se dérouler dans des camps tels que COETQUIDAN ou Frileuse... Cette campagne durera des années, sans résultat ... bien que le Ministre de la Défense Nationale, M. MORICE, procède, au printemps de 1957, à la pose de la première pierre de la nouvelle école dans le haut-lieu de Saint-Cyr. Cette cérémonie a lieu en présence du Maréchal JUIN, du Général WEYGAND et de la promotion "FRANCHET D'ESPEREY".

En 1959, une décision prise au Conseil des Ministres met fin à cette querelle entre traditionnalistes et novateurs ; les bâtiments modernes de la nouvelle Ecole Spéciale Militaire interarmes seront construits à COETQUIDAN, ceux de Saint-Cyr, rénovés, abriteront un deuxième Prytanée appelé "Collège Militaire".

Quoiqu'il en soit, l'instruction est menée intensivement à COETQUIDAN, car le Corps expéditionnaire d'Indochine, où la situation est de plus en plus tendue, réclame des renforts en jeunes officiers.

Au cours de cette année 1950, l'uniforme de Saint-Cyr est rehaussé du galon d'aspirant, devenu ainsi qu'à Polytechnique, la marque distinctive des élèves officiers d'active : le "trèfle" doré pour les élèves du ler Bataillon et argenté pour les Bazars du 2ème Bataillon. Ce galon avait été déjà porté par les élèves Anciens des promotions de 1905 à 1913 astreints à accomplir un an de service dans les Corps de troupe d'Infanterie ou de Cavalerie avant d'intégrer.

Le 30 Juillet 1950, M. Max LEJEUNE, secrétaire d'État aux Forces Armées-guerre, accompagné du Général de LINARES, commandant la IIIème R.M., préside les cérémonies du Triomphe de la "GÉNÉRAL FRÈRE" et le Baptême de la promotion "GARIGLIANO".

Le 13 août 1950, la "FRÈRE" était "PEKIN DE BAHUT" ; sur les 439 élèves sortants, 60 d'entre eux allaient tomber au Champ d'honneur, dont 38 issus du concours de Saint-Cyr.



LA 12° SERIE PROMOTION "GARIGLIANO" (1949 1951)
(du 06 mars 1950 au Il août 1951)



Les Saint-Cyriens de cette promotion sont issus du concours de l'E.S.M. de 1949 qui admet 278 candidats. Ces élèves intègrent à COETQUIDAN les 06, 07 et 08 octobre 1949, leur temps de service comptant au 1er de ce mois.

L'Ecole est alors commandée par le Général BONDIS, assisté du Colonel PAGES, Commandant en second, alors que le groupe de bataillons est sous les ordres du Lieutenant-Colonel LABADIE.

Après les formalités d'incorporation et de dégrossissage, qui durent deux semaines environ, les Cyrards effectuent un séjour de cinq mois dans les Corps de troupe d' Infanterie, à raison de 10 par bataillon. Ce stage est original car les élèves suivent intégralement le sort du contingent convoqué sous les drapeaux en même temps qu'eux. Rien ne les différencie, seuls le Chef de Corps et les commandants de Compagnie connaissent l'origine des Cyrards, qui, en temps voulu, suivent le peloton d'élèves caporaux et d'élèves sous-officiers. Le 1er février 1950, les Cyrards arrivent avec ce grade à COETQUIDAN, où ils sont amalgamés dans les différentes sections avec leurs camarades "Corps de troupe" qui viennent d'arriver. Cette 12ème série est formée de 519 élèves, composée de 278 cyrards et 241 Corps de troupe, tous sous?officiers à un an de grade, dont un à titre étranger. Cette série forme le 2° Bataillon à cinq compagnies d'une centaine d'élèves officiers chacune ; les sections sont à 24, moitié Cyrards, moitié Corps de troupe.

La future promotion reçoit ses Casos des mains de ses Anciens, le 06 juin 1950, dans les chambres.

Baptisée le 30 juillet 1950, au jour du Triomphe de la "GÉNÉRAL FRÈRE", la promotion, qui prend le N° 136 à l'annuaire, suit le cycle normal à l'instruction et participe aux activités traditionnelles, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Ecole. Mais elle est la dernière à faire partie de l'E.S.M.I.A. formée de deux bataillons mixtes, celui des Anciens et celui des Bazars.

Le dimanche 29 Juillet 1951, la promotion "GARIGLIANO" fête son Triomphe, qui coïncide avec le baptême de la jeune promotion "EXTREME-ORIENT". Les cérémonies sont placées sous la présidence de M. Max LEJEUNE, secrétaire d'État aux Forces Armées. Le lendemain, le drapeau de Saint-Cyr est confié à la garde de la nouvelle promotion.

Les événements se précipitent en Indochine, où le Corps expéditionnaire connaît des heures sombres en octobre 1950 sur la RC4, mais aussi un sursaut avec l'arrivée du Général de Lattre de Tassigny qui galvanise les énergies et redonne la victoire.

Beaucoup d'anciens élèves de cette promotion tomberont dans cette campagne d'Indochine. 62 d'entre eux, dont 28 élèves issus du concours direct de Saint-Cyr, offriront leur vie sur les terres lointaines d'Asie et d'Afrique du Nord.



LA 13° SERIE - PROMOTION "EXTREME-ORIENT" ( 1950 -1952)
(du 05 février 1951 au 10 août 1952)



Le séjour de cette promotion à COETQUIDAN est marqué par des événements importants qui ont pour effet de modifier la structure même et les programmes d'instruction de l'E.S.M.I.A..

En effet, cette promotion est la dernière qui voit les Saint-Cyriens effectuer un stage probatoire dans les Corps de troupe d'Infanterie avant d'être réunis à COETQUIDAN avec leurs camarades "Milis", dans le même bataillon.

Cette mesure a pour conséquence d'étendre à deux ans le séjour des Saint?Cyriens à COETQUIDAN alors que leurs camarades "Corps de troupe" n'y restent qu'un an. Il y a de ce fait rupture en ce qui concerne l'instruction jusqu'alors commune entre les deux catégories d'élèves.

Cette rupture se traduit par une tentative de séparation de l'E.S.M.I.A. en deux écoles distinctes correspondant aux deux catégories d'élèves répartis en trois bataillons différents à partir du 1er octobre 1951. Cet essai ne dure qu'un an mais il prépare progressivement la naissance de deux écoles distinctes placées sous le même commandement, dix ans plus tard.

Issus du concours de 1950, au titre de l'E.S.M., 280 Cyrards de la future promotion "EXTREME ORIENT" sont incorporés le 1er octobre à COETQUIDAN. Dès la fin des formalités d'incorporation, ils suivent un stage probatoire réduit à quatre mois dans les Corps de troupe d'infanterie et entrent comme sous?officiers à l'E.S.M.I.A. de COETQUIDAN, le 05 février 1951. Dans les mêmes conditions que leurs Anciens de la "GARIGLIANO", ils sont répartis dans le 2° Bataillon avec leurs 313 camarades "Corps de troupe" qui arrivent à COETQUIDAN après un an de grade de sous-officier et agés de moins de 26 ans. Avec les Anciens du 1er Bataillon de France, cette promotion, qui prend le N° 137 à l'annuaire, forma l'E.S.M.I.A., commandée par le Général BONDIS. Cet officier général a également sous ses ordres l'E.A.I. jusqu'en août 1951, date à laquelle cette école quittera la lande bretonne pour s'installer à Saint-Maixent.

A partir de 1951, le système de l'Ecole mixte, inauguré à Cherchell en novembre 1942, semble dépassé. Il est certain que le niveau de connaissance est inégal entre les deux catégories d'élèves ; plus élevé en instruction militaire chez les élèves provenant des Corps de troupe, il est au contraire plus bas que celui des Cyrards en ce qui concerne l'enseignement général. Un tel déséquilibre ne permet plus de poursuivre un enseignement commun avec profit pour les deux catégories d'élèves.

Une nouvelle formule, prise en octobre 1951, se traduit par une mesure radicale qui soulève de nombreux remous : l'E.S.M.I.A. est dissoute et remplacée, sous l'autorité d'un seul Général commandant les "ECOLES DE FORMATION D'OFFICIERS D'ACTIVE" par deux écoles différentes : l'ÉCOLE SPECIALE MILITAIRE et l'ECOLE MILITAIRE INTERARMES.

La première école, articulée en deux bataillons, reprend les traditions de Saint-Cyr, la seconde, représentée par un bataillon, se veut l'héritière des Ecoles d'Armes d'avant 1940. La durée des études est fixée à deux ans pour les Saint-Cyriens, comme autrefois, et réduite de moitié pour leurs camarades de l'E.M.I.A.

Mais les trois bataillons d'élèves sont juxtaposés ; bénéficiant des mêmes professeurs et des mêmes installations, ils suivent les mêmes cours sur le plan technique. Enfin, dans un souci d'homogénéité, tous les élèves, sans distinction d'origine, continuent à porter l'uniforme traditionnel de Saint-Cyr, le "G.U." remis en service, au printemps de 1949, par une décision du secrétaire d'État à la Guerre, M. Max LEJEUNE.

De cette façon, pendant une période transitoire qui va du 1er octobre 1951 au 10 août 1952, le Ecoles de formation d'E.O.A. de COETQUIDAN, E.S.M et E.M.I.A., aux ordres du Général FAYARD, forment un Groupe de Bataillons comprenant:

- 1 bataillon mixte (Saint-Cyr - Corps de troupe) : promotion "EXTREME-ORIENT"

- 1 bataillon Corps de troupe (E.M.I.A.) : promotion "DE LATTRE" ;

- 1 bataillon concours direct (E.S.M.) : future promotion "DE LATTRE" (1951 - 1953).

Il faut noter que le bataillon Corps de troupe de l'E.M.I.A. porte le même nom de promotion que le bataillon de "Bazars". Disposition qui sera changée en 1956, pour que les élèves Corps de troupe et Cyrards puissent entrer dans les Ecoles d'Application avec le même nom de baptême. Les élèves Corps de troupe prendront le même nom de baptême que les Cyrards de deuxième année de façon à rétablir l'équilibre, à partir de la promotion "FRANCHET D'ESPEREY" en septembre 1957.

En attendant, le Premier (et dernier) Bataillon mixte de la promotion "EXTREME-ORIENT", dont le nom de baptême rappelle le sacrifice des soldats d'Indochine, célèbre son Triomphe le 19 juillet 1952 : cette promotion quitte I'Ecole le 10 août pour les Ecoles d'Application, au moment où une nouvelle réorganisation s'amorce.

Sur 565 élèves de la promotion "EXTREME-ORIENT" nommés sous-lieutenants à l'issue du concours de sortie, 33 donneront leur vie pour la France, dont 18 issus du concours de Saint-Cyr.



LA 14° SERIE - PROMOTION "MARÉCHAL DE LATTRE" (1951 - 1953)
(pour les Saint-Cyriens du 1er octobre 1951 au 10 août 1953)
(pour les Corps de troupe du 1er octobre 1951 au 10 août 1952)



Avec cette promotion, une nouvelle structure est mise en place, qui, au bout de dix ans, donnera naissance aux deux écoles distinctes de formation, l'E.S.M. de Saint?Cyr et l'E.M.I.A. En attendant, un effort particulier est entrepris pour revaloriser le concours de Saint-Cyr et attirer le plus grand nombre de candidats de formation scientifique ou littéraire.

A la fin de 1951, le régime transitoire appliqué à la promotion précédente "EXTREME-ORIENT" ne plaît pas. La scission en deux écoles distinctes provoque des remous, car on s'efforce de reconstituer un corps d'officiers homogène coulé dans le même moule initial.

Le 1er août 1952, une nouvelle décision ministérielle rétablit la formule de L'ÉCOLE UNIQUE.

En conséquence, le titre de l'E.S.M.I.A. est repris ; l'Ecole doit "former des officiers de toutes armes dans une école unique". Mais la séparation des deux catégories d'élèves reste appliquée en distinguant les élèves de la "DIVISION SAINT-CYR" et ceux de la "DIVISION CORPS DE TROUPE".

L'ÉCOLE SPÉCIALE MILITAIRE INTERARMES est formée à la rentrée scolaire du 1er octobre 1952 d'un GROUPE DE BATAILLONS comprenant :

- 1 bataillon d'Anciens de Saint-Cyr : promotion "DE LATTRE"

- 1 bataillon Corps de troupe : promotion "UNION FRANCAISE"

- 1 bataillon de jeunes de Saint-Cyr, les Bazars : promotion "UNION FRANCAISE"

Ainsi, les Saint-Cyriens et les élèves issus des Corps de troupe sont répartis en deux divisions distinctes et suivent des programmes particuliers répartis sur deux années d'un côté, un an dans l'autre. Tous les élèves des trois bataillons portent le G.U. de Saint-Cyr , quelle que soit leur origine.

Ce système durera jusqu'en 1961.

Il a le mérite de mieux équilibrer l'instruction militaire et de faire augmenter le nombre de candidatures au concours de Saint-Cyr. Le commandement s'efforce de parer aux besoins de la guerre d'Indochine et de revaloriser le niveau de l'instruction militaire, sur laquelle l'accent est mis.

Pour le ler Bataillon, formé de Saint-Cyriens de seconde année, l'instruction est donnée en deux périodes:

a) de la rentrée à février cinq mois d'initiation aux armes avec manoeuvres interarmes et de formation de l'instructeur. Tous les élèves reçoivent la formation élémentaire de chef de section d'Infanterie les préparant au commandement d'une quarantaine d'hommes au combat à pied, quelle que soit leur arme.

b) de février à la sortie, cinq mois de spécialisation dans une arme choisie.

Pour le 3° Bataillon, Saint-Cyriens de première année, l'instruction dispensée a pour but d'amener les élèves au niveau du chef de groupe d'Infanterie, en ce qui concerne le combat à pied.

Pour le 2° Bataillon, Corps de troupe, l'instruction est interarmes, avec prédominance d'instruction commune de base d'Infanterie.

Or, l'année 1951 devient préoccupante avec la baisse des candidatures au concours de Saint-Cyr. Une crise de recrutement sévit depuis 1946, au lendemain de la guerre, aggravée par les mesures de dé? gagement qui n'ont pas épargné les jeunes cadres. Le chiffre des candidatures à Saint-Cyr arrive à la cote d'alerte: de 1366 en 1946, il est de 586 en 1951 ! Cette baisse considérable a pour conséquence d'augmenter la proportion des reçus avec un niveau des plus bas. Elle passe de 20 % en 1946 à 58 % en 1951.

C'est dans le but de faire appel à un éventail plus large de candidats, que le programme du concours est remanié une première fois en 1952, avec la création de deux options, sciences et lettres. Il sera encore élargi en 1956, avec la création de trois options : sciences, langues, histoire et géographie.

De cette façon, les littéraires, ceux qui ne sont pas titulaires du baccalauréat de mathématiques élémentaires, ne seront plus systématiquement écartés.

Ainsi, à partir de 1956, les conditions d'admission à l'E.S.M.I.A. sont les suivantes:

1) Pour la division SAINT-CYR :

- Avoir plus de 17 ans et moins de 22 ans au ler janvier de l'année du concours. Cette limite d'âge est reportée à 24 ans pour les candidats militaires.

- Etre titulaire du baccalauréat complet (quelle que soit l'option de la deuxième partie).

- Etre célibataire.

- Pour les candidats militaire : tout militaire appartenant à une Arme et remplissant les conditions ci?dessus, peut se présenter au concours de l'E.S.M.I.A. (division Saint-Cyr)

. soit comme candidat libre,

. soit comme élève d'une "corniche" civile (Lycée Hoche à Versailles, Lycée Kléber à Strasbourg) dont il ne peut suivre les cours à la rentrée scolaire d'octobre, que s'il est sous les drapeaux depuis le 1er janvier précédent.

L'année de corniche ne peut être redoublée.

Tout en préparant le concours, le candidat effectue la durée légale du Service Militaire.

Dates du concours :

· Ecrit mai et juin,

· Oral juillet - août.

· Résultats définitifs : fin août



2) Pour la division Corps de troupe:

A) contracter un engagement au titre des Corps de troupe,

B) devenir sous-officier,

c) être admis, après examen, au PELOTON PRÉPARATOIRE à l'E.S.M.I.A. (P.P.E.S.M.I.A.) de STRASBOURG.

Les sous-officiers, non admis au P.P.E.S.M.I.A. et qui justifient d'un niveau de culture générale comparable au baccalauréat 1ère partie, peuvent être autorisés par leur Chef de Corps à adresser au Ministre une demande de "candidature libre" au concours de l'E.S.M.I.A. (Division Corps de troupe).

d) être admis, après concours, à l'E.S.M.I.A. (Division Corps de troupe) d'où l'on sort avec le grade de sous?lieutenant d'active.

Le concours est ouvert:

· aux sous-officiers d'active des Armes,

· aux officiers de réserve servant "en situation d'activité"(ORSA).

Il faut de plus:

· avoir accompli, au minimum deux ans de service actif comme sous?officier ou un an de service actif comme officier de réserve, au ler janvier de l'année du concours avoir, à la même date, moins de 28 ans d'âge et être apte physiquement ;

· être titulaire du Brevet de Chef de Section ou de Peloton, au 1er janvier de l'année du concours, pour les candidats libres, au moment de l'entrée à l'Ecole de Strasbourg pour les élèves du P.P.E.S.M.I.A.

e) le programme du concours est d'un niveau comparable à celui de la partie commune aux différentes options du concours de la division de Saint-Cyr, pour les épreuves de français, histoire et géographie, d'un niveau moindre en ce qui concerne les épreuves de mathématiques, physique et chimie. Il exige, en outre, de bonnes connaissances militaires.

A la sortie de I'E.S.M.I.A., les élèves sont affectés en principe dans l'Arme dont ils détiennent le Brevet de chef de section ou de peloton.

Les élèves "Corps de troupe" perçoivent la solde de Sergent-Major s'ils sont entrés à l'école avec ce grade ou un grade inférieur, et la solde de leur grade si celui-ci est supérieur au grade de sergent-major.

Les élèves "Saint-Cyriens", tant qu'ils n'ont pas encore accompli la durée légale du service, touchent le "prêt" afférent à cette situation. A partir de la rentrée d'octobre, en deuxième année, ils sont "alignés" sur la solde de sergent?major.

Ces mesures se montrent efficaces. D'une part le nombre de candidatures s'accroît, il atteint un millier en 1956. D'autre part, à I'E.S.M.I.A., l'enseignement général s'attache non plus à "multiplier" mais à approfondir la connaissance dans un domaine essentiel, et à préparer ainsi les esprits aux méthodes de travail personnel. Le niveau des études générales poursuivies à COETQUIDAN devient identique à celui des études menées en Faculté et le degré de culture générale est comparable à celui des étudiants.

Pour la division Saint-Cyr, le programme est inspiré de ceux de propédeutique comportant:

- une partie commune

· histoire militaire,

· géographie militaire,

· information générale.

- des matières à option laissées au choix de l'élève

a) Option Lettres :

Elle comprend pour tous, comme formation de base, l'étude de la langue et de la littérature française. A celle-ci s'accolent des sous-options

- l'une consacrée à l'étude d'une langue étrangère,

- l'autre partagée entre une langue étrangère et les études géographiques ou historiques.

b) Option Sciences

Centrée sur l'étude des mathématiques générales et comportant l'étude d'une langue (entretien ou acquisition), son objectif est l'équivalence des études à l'E.S.M.I.A. et des certificats de propédeutique.

A leur sortie de l'Ecole, les élèves qui le désirent et qui ont fait preuve des connaissances voulues peuvent présenter le certificat de mathématiques générales ou celui d'études littéraires générales modernes, suivant l'option suivie.

Pour la division Corps de troupe, l'enseignement général se propose:

- d'une part, et essentiellement, de prolonger l'étude de certaines disciplines déjà familières aux élèves (mathématiques, sciences, langues);

- d'autre part, de les initier à la connaissance de certaines disciplines nouvelles (histoire militaire, géographie militaire et économique).

Par ailleurs, des conférenciers extérieurs à l'Ecole entretiennent l'information des élèves sur les problèmes d'actualité.

Enfin, pour permettre aux élèves de s'intégrer dans la Nation et leur faciliter la compréhension des milieux civils, des conférenciers extérieurs viennent de temps à autre leur proposer une information économique et scientifique relatives aux grandes questions d'actualité.

La promotion "DE LATTRE" inaugure le nouveau système adopté. Les Saint-Cyriens du 1er Bataillon choisissent leur arme en cours de stage, la division Corps de troupe ne fixe son choix qu'en fin de stage. D'autre part, les nominations au grade de sous-lieutenant sont à compter du 1er octobre 1952 pour les élèves de la division Corps de troupe et un an après pour les élèves de la division Saint-Cyr.

668 élèves seront nommés sous-lieutenants, dont 338 de la division Saint-Cyr.

La veille de leur Triomphe, au soir du 25 juillet 1953, les Cyrards de la "MARECHAL DE LATTRE" se groupent devant la stèle élevée sur le rond-point de la Victoire à la mémoire du Maréchal, jurent de faire sienne la fière devise de leur patron "Ne pas subir".

Cette promotion laissera 50 de ses Anciens morts pour la France, sur les champs de bataille d'Extrême-Orient et d'Afrique du Nord, dont 23 issus du concours de Saint-Cyr.





LA VIE DE L'E.S.M.I.A. DE 1952 A 1961


A partir de 1952, avec la 15ème série qui prend le nom d' "UNION FRANCAISE", l'E.S.M.I.A. vit au rythme des événements d'Extrême-Orient et d'Afrique du Nord. Ceux-ci inspirent les élèves dans lé choix du nom de baptême de leur promotion. Ainsi se succèdent:

· "CEUX DE DIEN-BIEN-PHU" (1953 - 1955)

· "LTN-COLONEL AMILAKVARI" (1954 - 1956)

· "FRANCHET D'ESPEREY" (1955 - 1957)

· "GÉNÉRAL LAPERRINE" (1956 - 1958)

· "TERRE D'AFRIQUE" (1957 - 1959)

· "MARECHAL BUGEAUD" (1958 - 1960)

· "LTN-COLONEL JEANPIERRE" (1959 - 1961)

Dès 1952, l'instruction militaire s'efforce de mener de front l'étude du combat en ambiance nucléaire et celle de la guerre subversive avec laquelle l'armée française est confrontée depuis 1945, d'abord en Indochine puis en Afrique du Nord.

Quelques faits importants marquent cette période de tension, pendant laquelle l'E.S.M.I.A. s'efforce de faire des élèves des éducateurs, des instucteurs et des entraîneurs d'hommes, équilibrés sur les plans physique, intellectuel et moral.

L'Ecole est devenue véritablement un établissement d'enseignement Supérieur qui s'ouvre largement sur le monde extérieur, évitant toute claustration dans la lande bretonne. Elle prend soin de l'épanouissement des élèves sur tous les plans, elle se veut réaliste, humaine et tournée vers l'avenir. Chaque année, des voyages de tradition et d'étude sont organisés par l'Ecole ou les promotions, dans lesquels les aspects culturels et artistiques ne sont pas négligés.

Ces sorties contribuent à approfondir les connaissances des élèves, à maintenir en éveil leur esprit et leur curiosité sur les problèmes d'actualité d'intérêt général ou militaire.

Dans ce but, certaines manoeuvres, comme les exercices franco-britanniques "MADELON - TIPPERARY" avec les Cadets de SANDHURST, des rencontres sportives tel le tournoi Inter-Académies Militaires, permettent aux élèves de COETQUIDAN de s'expatrier et de se mesurer avec les élèves des grandes écoles militaires étrangères.

Chaque année, avant les vacances de Pâques, la promotion des An ciens effectue un voyage de tradition d'environ une semaine, à Paris et dans ses environs. Outre le but de maintenir le contact entre les élèves et la capitale au cours de réceptions et de visites d'ordre artistique et culturel, ce voyage met l'accent sur le développement économique et les problèmes humains de cette région d'intérêt vital pour le pays. Ainsi se succèdent des visites de monuments, de musées et d'établissements industriels ou d'information, tel le "FIGARO", qui assure fidèlement la publicité de cet événement. Le programme comprend en outre des cérémonies du souvenir : pèlerinage au VIEUX BAHUT, enfin relevé de ses ruines en 1965, instants de recueillement aux INVALIDES et à l'ARC-DE-TRIOMPHE. Le voyage se termine par une manifestation de prestige et d'élégance ; une soirée de GALA, organisée par la promotion, est souvent donnée à L'OPÉRA et au Palais de Chaillot.

D'autre part, un mois avant le Triomphe, les Anciens partent pour une semaine en voyage d'étude dans une région en rapport avec le nom de baptême de leur promotion. Ce voyage permet à la fois aux élèves de se détendre et de s'instruire en alternant les aspects touristiques et culturels par des conférences d'histoire militaire données sur le terrain.

Enfin, sur un plan purement sportif, qui s'attache à développer le goût du risque et la sûreté des réflexes, les élèves suivent, depuis l'année 1947, un stage particulièrement dynamique à l'E.T.A.P. de PAU, sanctionné par le brevet de parachutiste militaire. Ce stage prolonge les multiples activités de nombreux clubs qui mettent les élèves en relation avec des milieux les plus variés, tout en leur maintenant "un esprit sain dans un corps sain" : clubs de voile, tir, judo, hippisme, parachutisme, aviation, etc ...
Au début de 1953, sur les Champs Elysées, alors que la bataille fait rage en Indochine, le Président de la République, M. Vincent AURIOL, décore le drapeau de l'E.S.M. de Saint-Cyr de la Croix de guerre des T.O.E. avec palme, devant le front de la promotion "UNION FRANCAISE".

M. René PLEVEN, Ministre de la Défense Nationale, lit le texte de la citation suivante décernée pour la première fois à l'Ecole au titre de l' "E.S.M.I.A.":

" L'ECOLE SPECIALE MILITAIRE INTERARMES, fidèle à sa tradition de dévouement absolu à la Patrie, n'a cessé de former, depuis la Libération, de jeunes promotions animées d'une foi ardente qui, aux cotés de leurs Anciens, ont servi et continuent à servir avec héroïsme sur les champs de bataille d'Extrême-Orient. Elle a ainsi largement contribué, au prix du sacrifice de huit cents des siens, à maintenir haut le prestige du pays et sceller l'Union Française par le plus éclatant des témoignages : celui du sang. Elle a bien mérité de la reconnaissance de la Nation. "

De plus en plus, de hautes personnalités assistent aux festivités des promotions au moment de leur Triomphe. L'usage s'établit que la fête du Triomphe soit présidée par le Ministre des Armées puis Ministre de la Défense Nationale, accompagné souvent par le Chef d'Etat-Major Général des Forces Armées.

Avec un an de retard, l'Ecole célèbre, en 1954, le 150° anniversaire de la création de l'ECOLE SPECIALE MILITAIRE à Fontainebleau. Un timbre postal commémoratif en souligne l'événement.

En 1955, l'Ecole contribue à sa manière au maintien des relations amicales entre la France et le Maroc au moment où ce royaume accède à l'indépendance.

Le 27 juillet 1955, l'E.S.M.I.A. reçoit le MERITE CHERIFIEN, haute décoration marocaine. La cérémonie de remise de cette décoration est présidée par M. JULY, Ministre des Affaires marocaines et tunisiennes, en présence du Général OLIE, commandant l'E.S.M.I.A., et une délégation d'élèves marocains venus de L'Ecole de DAR-EL-BEIDA.

L'année suivante voit la création d'un 4° Bataillon comprenant deux compagnies d'élèves officiers marocains qui débarquent à COETQUIDAN le 18 Juillet 1956.

Installés à l'ilôt T, les élèves officiers marocains de la promotion "MOHAMED VI" suivent un stage d'une année, sous les ordres du Chef d'Escadrons de LA LANCE. En G.U. de Saint-Cyr, ils reçoivent leur casoar sur le stade Marceau, le 28 juillet 1956, à la lueur des torches, au cours d'une cérémonie nocturne. En remerciement , une délégation d'élèves de l'E.S.M.I.A. se rend à l'invitation à la fête du Trône à Rabat, le 18 novembre 1956.

En cette année de 1956, le déroulement des deux fêtes traditionnelles du 2 S et du Triomphe reçoit un éclat particulier et original qui s'est transmis fidèlement. Pour la première fois depuis son origine, la reconstitution de la Bataille d'Austerlitz n'a plus lieu sur le Marchfeld. Elle se déroule maintenant le matin même du "2 S", sur un terrain situé à deux kilomètres à l'ouest de l'école, choisi pour son étrange ressemblance avec le célèbre plateau de PRATZEN. Ce nom qui lui est évidemment resté, rappelle l'époque lointaine, au cours de laquelle les élèves de l'E.S.M.I.A. "faisaient PRATZEN" avec des moyens plus rudimentaires.

Quant aux cérémonies du Triomphe et du Baptême, les deux promotions "AMILAKVARI" et "FRANCHET D'ESPEREY" lui ont donné, le 29 juillet 1956, un style nouveau. Depuis ce Triomphe mémorable, les festivités variées qui marquent la fin de l'année scolaire, se déroulent à un rythme soutenu durant toute la journée, tels les gymkana de jeeps, concours hippique ou autres démonstrations équestres. Mais les cérémonies proprement dites : revue des promotions, baptême, remise des insignes de grade de sous?lieutenant et passation du drapeau, se déroulent de nuit, dans le recueillement général. Cet aspect "son et lumière" s'est maintenu et perfectionné grâce à la mise en oeuvre de moyens techniques plus puissants.

Quelque jours après le Triomphe de la promotion "AMILAKVARI" et du Baptême de la "FRANCHET D'ESPEREY", l'Ecole reçoit la visite du Général DE GAULLE, le 02 août 1956. Le Général procède lui-même à la passation du drapeau de Saint-Cyr entre les deux promotions réunies sur le Marchfeld. Cette cérémonie traditionnelle se déroule la veille du "P.D.B.", en présence du drapeau des CADETS de la FRANCE LIBRE, confié à l'E.S.M.I.A. le 10 Mars 1956 par le Général KOENIG à Saint-Cyr l'Ecole, et qui est remis officiellement, par le Général de Gaulle au Musée du Souvenir de COETQUIDAN.

Durant cette année, un réajustement est décidé pour accorder le nom de promotion du 2° Bataillon qui ne fait qu'un an à l'E.S.M.I.A. avec celui de la promotion de Saint-Cyr, convoquée pour deux ans.

En effet, le changement de structure de 1952 qui fait doubler la durée du stage des Saint-Cyriens par rapport à celle de leurs camarades corps de troupe amène un décalage d'un an du nom de promotion porté par les élèves des deux catégories à leur arrivée dans les Ecoles d'application.

De 1952 à 1956, le 2ème Bataillon (Corps de troupe) était baptisé en même temps que le 3ème Bataillon (Bazars) au moment du Triomphe du 1er Bataillon des anciens de Saint-Cyr. Comme il quittait l'Ecole aussitôt après pour entrer à l'Ecole d'Application avec le 1er Bataillon, il ne portait pas le même nom que ce dernier, mais celui du nouveau 1er Bataillon.qui entamait sa 2ème année à l'E.S.M.I.A.

Pour supprimer cette anomalie, il est décidé durant l'année 1956 - 1957 que le nom de baptême du 2ème Bataillon, Corps de troupe, serait celui du 1er Bataillon des Anciens de Saint-Cyr. De façon à rétablir l'équilibre, la promotion Corps de troupe qui intègre à COETQUIDAN en octobre 1956 reprend le nom de la précédente, baptisée "FRANCHET D'ESPEREY", au cours d'une cérémonie particulière de baptême, le 21 décembre 1956. Il y a donc, exceptionnellement, deux séries de promotion "FRANCHET D'ESPEREY" de la division Corps de troupe. La première 1955 - 1956 est rattachée à la promotion de Saint-Cyr "AMILAKVARI" 1954 - 1956, la seconde 1956 - 1957 correspond à la promotion de Saint-Cyr "FRANCHET D'ESPEREY" 1955 - 1957.

Ainsi, en juillet 1957, a lieu le Triomphe des 1er et 2ème Bataillons de la promotion "FRANCHET D'ESPEREY" et le baptême de la nouvelle promotion de Saint-Cyr, "LAPERRINE". L'équilibre est rétabli en 1958. Les élèves du 1er et 2ème Bataillon formant la promotion "LAPERRINE" entrent en même temps à l'Ecole d'application de leur arme en octobre 1958.

A partir de la rentrée scolaire d'octobre 1957, les promotions formant le 2° Bataillon (Corps de troupe) seront baptisées en fin de novembre au cours d'une cérémonie particulière, de façon à porter le même nom que le 1er Bataillon de Saint Cyr avant le "2 S".

La promotion "LIEUTENANT-COLONEL AMILAKVARI" a eu 47 élèves morts pour la France en Algérie, dont 28 élèves de la division Saint?Cyr. Celle baptisée "FRANCHET D'ESPEREY" compte 42 anciens tombés en Algérie, dont 26 issus du concours direct et 07 de la division Corps de troupe appartenant à la première fraction rattachée à la promotion "AMILAKVARI".

Le 1er juin 1957, le drapeau de Saint-Cyr et la promotion "FRANCHET D'ESPEREY" assistent à la remise du drapeau de l'Ecole de sous-officiers de Strasbourg où se forment les candidats élèves officiers de la division Corps de troupe de l'E.S.M.I.A.

Une délégation de la promotion "FRANCHET D'ESPEREY" participe à une cérémonie organisée en 1957 au Cercle Militaire de Paris à l'occasion du 90ème anniversaire du Général WEYGAND.

De nombreux visiteurs de marque de toutes nationalités viennent visiter l' École où ils se recueillent au Musée du Souvenir et signent le livre d'Or. Parmi eux, le Général d'Armée U.S., EDDLMAN, commandant les Forces Terrestres Américaines en Europe, remet au Musée du Souvenir, le 24 Juillet 1959, une tenue de parade de Cadet de WEST-POINT en témoignage d'amitié.

Quelques modifications sont apportées dans le domaine de l'organisation des études d'une part, et dans l'uniforme et l'armement des élèves d'autre part.

En 1959, la Direction générale des études - D.G.I. - qui coiffait l'enseignement général et l'instruction technique militaire est supprimée et remplacée par trois grandes directions autonomes, dirigées chacune par un officier supérieur qui se partagent les charges de l'instruction dans le domaine qui lui est propre:

- la direction de l'instruction militaire ou D.I.M.,

- la direction de l'enseignement général ou D.E.G.,

- la direction de l'entraînement physique militaire ou D.E.P.M. longtemps appelée E.P.M. par les élèves, devenue en 1971 la D.E.P.S. ou Direction de l'entraînement physique et des sports.

Cette organisation dénote le souci permanent du commandement de veiller à un équilibre harmonieux entre ces trois disciplines qui conditionnent la formation du futur chef depuis toujours et d'améliorer les méthodes pour y parvenir: la "POMPE", le "Mili" et le "CRAPAHUT".

En 1960, quelques modifications apparaissent dans le domaine de l'uniforme et dans celui de l'armement. La coupe du "G.U." est rendue plus seyante, avec un pantalon plus étroit et une veste raccourcie; les deux basques de celle-ci ne comportent plus que deux boutons dorés (au lieu de quatre) pour soutenir le ceinturon. Au cours de la même année, le fusil MAS 36, qui est l'arme individuelle des élèves, est remplacé par le fusil MAS 56, et son poignard-baïonnette.

L'année 1961 se termine par l'inauguration, le 11 novembre, d'une plaque apposée au bâtiment P.C. de l'îlot T à la mémoire du Général DUVAL, commandant supérieur des troupes du Maroc, tué accidentellement en avion.

Durant toute cette période, les élèves de COETQUIDAN continuent à se distinguer sur les T.O.E., aussi bien en Asie qu'en Afrique. Près d'un millier de Saint-Cyriens (exactement 924 au dernier recensement de 1971) tombe en Indochine, suivi de peu par 314 d'entre eux dans les djebels d'Algérie.

Mais pour les mêmes raisons qu'en 1951, un changement de structure s'impose, ayant pour origine les disparités profondes qui apparaissent entre les deux catégories d'élèves et qui appellent des méthodes de formation différentes.

Sur les instances du Général de GAULLE, Président de la République, le Ministre des Armées prend la décision, le 03 Décembre 1959, de reconstruire l' "ÉCOLE SPECIALE MILITAIRE" à COETQUIDAN.






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