HISTOIRE et TRADITIONS - EMIA

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Aspects Historiques du Recrutement "Corps de Troupe"


POITIERS, FONTAINEBLEAU et LES ECOLES DE L'ARTILLERIE

L'ARTILLERIE FRANCAISE ET SES ÉCOLES DE 1789 A 1914

La révolution allait bouleverser tout ce qui concernait le recrutement et le fonctionnement des écoles d'artillerie. L'abolition des privilèges de la noblesse rendait les grades et emplois accessibles à tous ; d'où la disparition des institutions assurant le recrutement des élèves des écoles militaires.
Des décrets de septembre et octobre 1790 prescrivent que les emplois de sous-lieutenants seront donnés aux jeunes gens de 16 à 24 ans, après succès à l'examen d'officier (un quart des places étant réservé aux sous-officiers).

L'ÉCOLE A CHALONS-SUR-MARNE

Un décret en date du 17 août 1791 établit l'école des élèves officiers d'artillerie à Châlons-sur-Marne, en raison de la situation de cette ville à peu près au centre des départements réputés militaires. Installée dans les séminaires et le couvent de Sainte Marie, elle sera la première école "d'application de l'artillerie", destinée à recevoir des élèves (sous-lieutenants) après examen d'entrée, puis les polytechniciens qui ont choisi l'artillerie (loi du 25 Brumaire An VIII - 1799). L'école fonctionne jusqu'en 1802, date à laquelle elle est réunie à l'école du génie à Metz.

L'ÉCOLE A METZ

L' arrêté du 12 vendémiaire de l'an XI (04 Octobre 1802), des consuls de la république qui réunit l'école d'artillerie installée à Châlons-sur-Marne à l'école du génie établie à Metz porte au titre article 1er :
"Les écoles d'artillerie et du génie seront réunies et serviront à composer une école commune aux deux armes qui sera établie à Metz, département de la Moselle et porter le nom d'école de l'artillerie et du génie". Sous les régimes successifs du XIX° siècle, l'école s'appelle tout à tour : "école impériale d'artillerie et du génie", puis "école royale de l'artillerie et du génie", puis "école d'application de l'artillerie et du génie".

A leur, arrivée à Metz, les artilleurs partagent avec les sapeurs, l' ancien couvent de Saint-Arnould à l'angle de la rue Poncelet et de la rue aux Ours.

Jusqu'en 1870, d'application de j'artillerie et du génie poursuit sa mission: les promotions successives mènent, à côté d'études très poussées, une joyeuse vie, si l'on en croit les récits de l'époque. Le chant de "l'artilleur de Metz" en porte témoignage. Le 15 août 1870, ,devant la menace d' encerclement de la ville de Metz, l' école est évacuée, sur Paris.

AUTRES ECOLES D'ARTILLERIE APRES LA REVOLUTION

Il ne faut pas perdre de vue l'existence des écoles (non d'application) ; elles sont aux ordres d'un Commandant d'artillerie", officier général ou supérieur. Un "comité d'instruction" présidé par le commandant d'artillerie dirige toutes les instructions et administre les fonds de fonctionnement. Ces écoles disposent de moyens importants et leurs missions restent essentiellement l'instruction de la troupe et des officiers subalternes.

Sous la restauration, il y a huit écoles d'artillerie ; en 1833, il y en a onze (Besançon, Bourges, Douai, La Fère, Lyon, Metz, Rennes, Strasbourg, Toulouse, Valence, et Vincennes (pour la garde). En 1866, il y en a quatorze.

L' ECOLE A FONTAINEBLEAU

Une école d'artillerie et du génie est créée à Fontainebleau le 11 Décembre 1871. Les salles d'instruction, les bureaux administratifs sont installés dans les bâtiments des "Héronnières", les élèves sont logés dans les anciennes chambres des palefreniers, aménagées pour eux, au-dessus des écuries du "carrousel". Un peu plus tard l'école s'agrandira en englobant d'autres dépendances du château : le pavillon Henri IV où sont les chambres des sous-lieutenants, et le pavillon des princes pour les aspirants logés en dortoirs. Un grand polygone est taillé dans la forêt avoisinante. L'instruction, initialement calquée sur celle de Metz évolue vers un enseignement plus pratique.

Par décret du 17 Juin 1902, les futurs artilleurs sortant de l'école polytechnique devront servir, dès leur sortie de cette école, un an dans un régiment comme sous-lieutenants et ne feront ensuite qu'un an à l'école d'application. Ce régime a permis de former en dix mois d'école les futurs commandants de batterie de 1914. En 1909, la création de vingt et un régiments (du 40° au 61° R.A.) demande une augmentation importante des cadres de l'artillerie. On fait alors appel aux anciens cyrards et maixentais (volontaires), en service dans l'infanterie. Leur formation d'artilleur est assurée par l'école de Fontainebleau. En 1912, l'artillerie et le génie sont séparés. L'école d'application et la division technique du génie rejoignent à Versailles l'école des sous-officiers créée en 1884. L'école des sous?officiers d'artillerie s'installe à Fontainebleau.

L'instruction dispensée à ''Bleau" est très variée ; outre les exercices extérieurs (écoles à feux, batteries attelées, services en campagne, équitation, etc.) le programme comprend : histoire et géographie militaires, cours de mécanique, étude de la manoeuvre des machines, cours d'hippologie et d'hippiatrique, cours de dessin, coupes géologiques de terrain, étude de l'aéronautique, applications de l'électricité, leçons facultatives de bicyclette, conférences sur le "rôle social de l'officier"; en 1913, cours d'automobilisme.

Le déclenchement des hostilités en 1914 interrompt les activités de l'école pendant neuf mois. L'instruction reprend le ler Avril 1915 avec une grande intensité et sans arrêt jusqu'à la fin de la guerre. Pendant cette période, l' école a vu passer plus de 20 000 élèves. En 1918, elle a reçu des stagiaires de l'armée des Etats-Unis d'Amérique.

ECOLES D'ARTILLERIE DE CORPS D'ARMÉE. 1874.

A chaque corps d'armée, en 1874, est annexée une école d'artillerie placée sous les ordres d'un chef d'escadron.
Le but de ces écoles est de "développer les connaissances scientifiques et techniques des officiers de l'arme, ainsi que celles des sous-officiers qui paraissent capables de parvenir au grade d'officier".

On distingue alors
1) L' instruction d'école "comprenant des cours destinés aux lieutenants et des conférences pour les capitaines et les officiers supérieurs. Les sous-officiers candidats à l'école militaire de Versailles y sont préparés à partir de 1884.
2) L'école de régiment "donnée sous la responsabilité du chef de corps". La création constante de nouveaux régiments amène peu à peu les écoles d'artillerie à ne plus conserver la prééminence pour l'instruction confiée en totalité aux régiments. Par contre, l'école gagne de l'importance en tant qu'organisme chargé de la conservation des matériels.

L'école a en charge tout le matériel de mobilisation du corps d'armée. Elle a dans son ressort tout ce qui est relatif aux écoles à feux. En cas de guerre, elle doit se mobiliser : une partie reste au siège, l'autre constitue le parc d'artillerie du C.A. chargé de livrer, réparer et entretenir le matériel roulant et toutes les armes. Le directeur de l'école devient commandant de ce parc.

Dès 1903, quatre écoles sont dissoutes et remplacées par des dépôts de matériels d'artillerie, et en 1911, les parcs de corps d'armée et de place remplacent les dépôts de matériels, les directions de l'artillerie et les écoles d'artillerie. Ainsi disparaissent ces écoles spécifiques de l'artillerie qui, durant plus de deux siècles, ont contribué à la formation des cadres et de la troupe.

L' ECOLE MILITAIRE D' ARTILLERIE ET DU GENIE A VERSAILLES

Cette école d'élèves-officiers fondée par décret du 10 janvier 1884 est installée à Versailles, rue Gambetta, aujourd'hui rue de l'Indépendance Américaine, dans l' hôtel de la Surintendance bâti en 1670, qui fut habité par Colbert, Louvois, Dubois et où fut placé durant la révolution française un institut militaire pour les enfants des invalides.
Le commandement de l'école est confié à un colonel ou lieutenant-colonel d'artillerie qui a sous ses ordres un chef de bataillon du génie, commandant en second. Les professeurs sont des militaires et des civils.
L'admission à l'école se fait par concours pour les sous-officiers ayant deux ans de grade au 31 Décembre de l'année courante. (La plupart des sous-officiers candidats au concours d'entrée recevaient la formation nécessaire à Douai qui gardait alors l'appellation "d'école d'artillerie"). L'école de Versailles donne aux sous-officiers l'instruction générale et militaire pour qu'ils puissent passer officiers de l'artillerie, du génie ou du train des équipages. Le cours dure onze mois, du ler avril à fin février de l'année suivante. Les sous-officiers touchent une solde de deux francs par jour.
Un jury d'examen, présidé par un général, établit un classement de sortie. Les candidats reçus sont promus sous-lieutenants de leur arme et sont dirigés ensuite sur l'école d'application de Fontainebleau.
Ceux qui n'ont pas satisfait sont renvoyés dans leur corps et pourvus du grade qu'ils avaient lors de l'entrée à l'école.

1912. - Versailles devient l'école d'application du génie ; les artilleurs rejoignent Fontainebleau.

LES ECOLES D'ARTILLERIE APRES LA GUERRE 1914 - 1918

L'ECOLE D'APPLICATION DE L'ARTILLERIE A FONTAINEBLEAU

Après la guerre, les promotions sont nombreuses et variées. L'école reçoit:
- des officiers subalternes nommés sur le champ de bataille en fonction de leurs aptitudes au commandement et au tir, d'âges très différents, décorés de la croix de guerre, de la légion d'honneur ... et qui désirent poursuivre leur carrière dans l'arme;
- des polytechniciens dont le stage dure deux années (Xl et X2);
- des élèves officiers d'active admis après concours (E.O.A.) jusqu'en 1923;
- en 1921, des élèves officiers de réserve (EOR.) dont beaucoup ont suivi la préparation militaire supérieure (P.M.S.) et dont le nombre croissant arrive à dépasser les possibilités de logement et d'installations de l'école de Fontainebleau. (On envisage alors de grouper les EOR. dans une autre garnison, et c'est Poitiers qui a l'honneur de voir s'implanter l'école militaire d'artillerie (E.M.A.) qui recevra les E.O.A. en 1923.
- à partir de 1924, les sous?lieutenants issus de l'école militaire d'artillerie de Poitiers (de l'artillerie métropolitaine, de l'artillerie coloniale, du train - ces derniers jusqu'en 1928, date à partir de laquelle ils seront en application à l'école de Saumur qui s'appellera école de cavalerie, de la garde et du train) ;
- des officiers de réserve (lieutenants et sous-lieutenants) en stage pour leur titularisation comme officiers d'active ;
- des lieutenants et des capitaines appelés à devenir "instructeurs" dans les régiments hippomobiles ;
- des officiers et des sous-officiers stagiaires au centre d'instruction automobile (C.I.A.).

Les installations de l'école s'agrandissent, en particulier celles concernant le centre d'instruction automobile et le cours d'équitation (on comptait près de 700 chevaux en 1939).
L'organisation des programmes et des emplois du temps est si bien réglée que la noria des brigades dans les différentes salles de cours, de démonstrations, dans les manèges, sur les terrains de manoeuvres et de tirs se fait sans heurts; quel admirable minutage ! L'ambiance de travail ne peut conduire qu'à des résultats excellents, grâce aussi aux brillantes qualités de tous les professeurs et instructeurs, sans oublier les cadres de la direction (général commandant l'école et son état-major). L'année scolaire se termine généralement par un séjour dans un camp où se font des exercices en commun pour les diverses promotions (X, OA, OR) la visite du général inspecteur de l'artillerie clôture les écoles à feux. Ensuite, c'est la détente avec un voyage d'études : par exemple, en 1928, visite de l'arsenal de Toulon suivie de démonstrations de tirs de côté et visite des ateliers de construction de Bourges ... Et, c'est la dislocation après l'amphi garnisons et le départ en permission !
Mais voici la déclaration de guerre du 2 septembre 1939 ; cadres et élèves rejoignent leurs postes de mobilisation. L'école doit se réorganiser : la plupart des cadres d'active sont remplacés par des officiers de réserve ; et l'on dut effectuer des ponctions dans les régiments pour récupérer des instructeurs. Le Chef d'Escadron Aublet (aujourd'hui général C.R.) écrit dans le bulletin d'information et de liaison des officiers d'artillerie d'active et de réserve N° 13 de décembre 1955 :

"... Le déficit en officiers d'artillerie qui se faisait sentir depuis plusieurs années obligea à procéder à un recrutement massif ; on fit appel en premier lieu aux élèves de l'école polytechnique ceux qui y avaient terminé leurs études des deux années, ou de première année seulement vinrent suivre un cours de cinq mois ; ils étaient 97 de la 1ère catégorie, 158 de la seconde. Les grandes écoles civiles envoyèrent, de leur côté, 62 stagiaires. Il fallut, en outre, recruter des élèves aspirants ; un premier stage d'élèves aspirants de l'artillerie coloniale amena encore 62 élèves ; puis, arrivèrent le 11 décembre 1939, 113 EOR. du concours en 1939 et le 3 janvier 1940 des candidats EOR. des groupements spéciaux du concours de 1938 ; une dernière série d'élèves aspirants, la plus nombreuse, arriva en avril 1940.

... L'école s'était agrandie au détriment du quartier Lariboisière ou logeaient les élèves les différents cours et services fonctionnaient à plein sous la haute direction du général de Vaucelles. A partir du 10 mai, la vie de l'école devint fiévreuse : mauvaises nouvelles du front, alertes aériennes pour tous les bombardements de région parisienne, passage d'interminables colonnes de réfugiés, désir mal contenu des officiers qui voulaient partir se battre.
... Aussitôt après l'évacuation de Paris, début juin, l'école dut préparer son repli. La région choisie pour ce repli était la ville de Poitiers et ses environs. Les moyens étaient, d'une part ceux de l'école et de ses services annexes, 1er groupe école, centre d'instruction automobile, carrousel, d'autre part la voie ferrée.
... "Tous les éléments de l'école regroupés à Poitiers le 22 juin se replient vers Limoges. De nuit, en deux étapes, par des itinéraires détournés et encombrés, au milieu d'innombrables difficultés les colonnes atteignent Saint-Laurent sur Gorre, Saint-Auvent, Saint-Cyr, Niolet, villages situés à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Limoges. C'est dans cette région que, partie cantonnée, partie bivouaquée, l'école de Fontainebleau vécut ses derniers jours tandis qu'un détachement, resté à Jaunay-Clan (près de Poitiers) était entièrement fait prisonnier le 24 juin.
... La démobilisation des éléments regroupés en zone libre s'effectua peu à peu en juillet et août, tandis qu'un petit noyau fut constitué pour aller fonder à Nîmes, la nouvelle école de l'artillerie.
... Ainsi disparut dans la tourmente de 1940, après 70 ans d'existence l'école qui avait formé des milliers d'officiers et quelques-uns des plus grand chefs de l'armée française". La citation à l'ordre de l'armée (croix de guerre avec palme) décernée à l'école d'application de l'artillerie témoigne du rôle prestigieux qui fut le sien de 1871 à 1940 et de la valeur des cadres sortis de son sein :

Après avoir, aux jours tragiques de juin 1940, dû abandonner son cadre traditionnel de Fontainebleau, a affirmé sa volonté de combattre jusqu'au bout en envoyant une poignée de ses jeunes artilleurs se battre avec héroïsme pour la défense des ponts de la Loire, à côté de leurs camarades de Saumur et de Saint-Maixent. Sur tous les champs de bataille de France, d'A.F.N., d'Italie et d'Allemagne, aussi bien qu'aux marches lointaines de l'union française, dans les rangs de la résistance ou dans les camps de déportation, les cadres qu'elle avait formés se sont magnifiquement comportés, prouvant par le sacrifice de plus de neuf cent officiers d'artillerie dont treize généraux, que leur école d'application restait digne de son long passé de gloire, valeur et abnégation. A ainsi pris une part importante dans la victoire."

L'ÉCOLE MILITAIRE D'ARTILLERIE A POITIERS

En 1922, l'école de Fontainebleau commence à devenir trop petite pour assurer la formation des officiers d'active et de réserve de l'artillerie. Le ministère décide de créer à Poitiers, non pas une nouvelle école, mais une annexe destinée à instruire les élèves officiers de réserve.
Le commandement de l'annexe est confié au chef d'escadron Augé (promu lieutenant-colonel en mars 1923). En octobre, deux groupes d'EOR. (21 brigades - soit environ 500 élèves) viennent s'installer à Poitiers, quartier Aboville, avec les premiers instructeurs.
Cette solution ne semble pas donner toute satisfaction : en 1923, un commandement de l'ensemble des écoles d'artillerie est créé à Fontainebleau. Il comprend :
- L'ÉCOLE D'APPLICATION D'ARTILLERIE à FONTAINEBLEAU (E.A.A.)
- L'ÉCOLE MILITAIRE D'ARTILLERIE à POITIERS (EMA.) indépendante. L'école militaire d'artillerie est une école de formation :
- des élèves officiers d'active (E.O.A.), durée du stage 10 mois;
- des élèves officiers de réserve (EOR.) venant de la P.M.S. ou du contingent après concours durée du stage 5 mois.;

Le 1er octobre 1923, l'école prend réellement naissance ; le noyau initial d'encadrement se renforce petit à petit, et au cours des années en fonction de l'augmentation du nombre des élèves.
L'organisation très classique de l'école comprend
- un colonel et son état-major
- une direction des études ;
- une division des E.O.A. composée de brigades de 15 à 20 élèves commandées par des capitaines
- une division des EOR. avec ses brigades de 20 à 25 élèves commandées par des lieutenants
- des cours de spécialités (transmissions, topographie, équitation, infanterie, automobile, armement et munitions, histoire et géographie, etc).

Pendant la période d'été, où il y a des instructeurs disponibles, par suite du nombre moins important des EOR, fonctionne un cours de tir des lieutenants (2 séries de 25 environ). L'inspecteur général de l'artillerie assiste généralement aux dernières séances de tir ... pour les meilleurs l'inscription au tableau d'avancement est pratiquement assurée.

En octobre 1929, est créée une division pour les sous-officiers qui suivent des cours de comptabilité en vue de leur affectation dans les établissements de l'artillerie. Après les manoeuvres qui se déroulent dans un camp avec les élèves des autres écoles d'armes (Saint-Maixent, Saumur) le classement de la promotion est établi. La nomination au grade de sous?lieutenant intervient le 1er octobre et c'est l'année d'application à Fontainebleau.

… Chaque année, en juin, l'école se manifestait par un brillant carrousel dans le parc de Blossac, toujours très suivi et apprécié par la population pictavienne, et pourquoi ne pas le dire "tout particulièrement par la jeunesse féminine admiratrice de l'uniforme !"

… 1939, l'école parfaitement rôdée tourne à un rythme accéléré. La mobilisation disperse une partie de l'encadrement qui est aussitôt remplacé, car l'instruction n'est pas interrompue, mais en raison des circonstances sa durée est réduite à 3 ou 4 mois aussi bien pour les E.O.A. que pour les E.O.R. Les dernières promotions arrivent en mai 1940

... Le 21 Juin 1940, un télégramme de la direction de l'artillerie ordonne : "Evacuer officiers et élèves sur Castres". Le 22 juin, deux colonnes sont constituées : une, automobile avec le colonel Bazaugour, commandant l'école; l'autre, hippomobile, sous les ordres du Capitaine Pedelaborde, instructeur d'équitation. Itinéraire, Confolens, Brive, Cahors, Graulhet, Castres. Tristes étapes et c'est l'armistice

... Par D.M. NO 950/B 3/3 du 03 Août, l'école militaire est dissoute à dater du 8 : les personnels sont démobilisés, ou affectés dans les unités de l'armée d'armistice; de nombreux officiers et sous-officiers rejoindront les chantiers de jeunesse ...

L'ECOLE A NIMES

Par décision ministérielle du 08 Août 1940, l'Ecole militaire de l'artillerie est recréée à Nîmes et installée dans les quartiers Montcalm et Bruyère.
Les cours commencent le 15 Novembre 1940 pour les EOA du concours 1939. D'octobre 1941 à novembre 1942, l'école reçoit les polytechniciens (1938 et 1939) et les EOA de l'année précédente en stage d'application, tandis que le stage de formation est destiné aux EOA reçus au concours de 1941, aux aspirants et sous-lieutenants de réserve provenant des grandes écoles.
Le 8 novembre 1942, les Allemands envahissent la zone libre ; les personnels sont dispersés, de nombreux matériels camouflés ; un organe liquidateur, en quelques mois, arrête toutes les comptabilités ... et ferme les portes de l'école.

CHERCHELL

A partir de 1943, les aspirants d'artillerie sont formés au sein de l'école de Cherchell, à caractère interarmes.
Revenons à Poitiers en 1922. L'ingénieur général Sabatier qui fut professeur des transmissions à I'E.A.A. pendant de nombreuses années, rappelle ses souvenirs : "La naissance d'une grande école. - ... aux beaux jours de septembre, nous fûmes une cohorte embarquée sur Poitiers, pleins du souci de l'inconnu qui allait être notre lot. . . . et au jour dit, à l'heure dite, nous annoncions "présent" au grand "trentenier" qui était désormais notre chef. Une trentaine, oui, un peu plus peut-être, tel était l'effectif de cette équipe qui allait affronter "en prise directe" les quelques cinq cents élèves qui étaient attendus. Avec les cadres de direction et les services, elle allait créer de toutes pièces une école militaire qui, très vite, s'avéra un véritable creuset où s'amalgamaient dans une bouillonnante intensité de vie toutes les origines et toutes les tendances.

Des le lendemain, nous nous mîmes à essuyer les plâtres. Jamais une école ne fut montée si "misérablement". Moyens - ceux qu'on pourrait trouver sur place. Consignes - se débrouiller. A peine les derniers occupants partis, chacun prit possession des locaux qui lui étaient attribués et chercha à s'emparer de tout ce qui pouvait servir à équiper son domaine, surtout des tables et des bancs. Aucun matériel n'était arrivé. Les tableaux noirs furent fabriqués avec des planches rugueuses sommairement assemblées et peintes. La quête des tables relevait de la foire d'empoigne. C'était de lourds plateaux de chêne posés sur des tréteaux de fer. Il fallait deux tréteaux par table et c'était un problème que d'en avoir un nombre égal à deux fois le nombre des plateaux. Alors, sur trois on disposait deux plateaux, les faisant se chevaucher tant bien que mal. Quant aux bancs, plus faciles à transporter on en trouvait toujours ... chez le voisin quand il n'était pas là. Quant au matériel noble (transmissions, topo, etc), il se fit longtemps attendre ! ...

C'est ainsi que démarra ce qui devait devenir une grande école militaire, célèbre dans toute l'artillerie française. Ce démarrage extraordinaire, cette précarité rustique, pour ne pas dire cette absence totale du moindre confort, même pour ceux qui l'ont vécu, il est difficile d'y croire aujourd'hui. Et pourtant, le 25 octobre 1922, elle ouvrit hardiment toutes grandes ses grilles pour recevoir les cinq cents élèves qui allaient constituer la promotion héroïque entre toutes : la première. La veille le grand "trentenier" nous avait réunis : "Ce que vous allez faire, vous le savez, puisque pour la plupart vous l'avez fait à Fontainebleau. Mais ici, l'esprit est différent. Les jeunes civils, dont vous allez avoir la charge, vous regarderont avec des yeux pas toujours bienveillants. Ils feront leur métier d'élèves avec la foi et la conviction que vous leur communiquerez. Ils vous jugeront impitoyablement, et à travers vous, notre armée". En terminant, il ajouta ce conseil :"vous savez aussi bien que moi quel laisser-aller a suivi notre victoire de 1918, phénomène normal chez tout vainqueur de grande guerre. Ici ce laisser-aller aurait les plus graves conséquences. Nos jeunes gens, après une période d'efforts, sortent diplômés des écoles civiles ; il est normal que leur tendance aille plutôt vers le repos que vers un nouveau labeur. Or, ils n'ont aucune idée de la somme de connaissance que doit acquérir un officier d'artillerie et cela en moins de six mois. Pour leur montrer la voie, ils n'auront que vous comme exemple. Sachez les élever au?dessus d'eux-mêmes. Un dernier mot : un officier de l'école est ici à son travail, ou chez lui à le préparer et à parfaire en permanence sa propre instruction comme sa pédagogie personnelle. on ne le voit pas dans les salons et les pâtisseries de la ville".

Lui-même donnait l'exemple, arrivant un quart d'heure avant le début des séances et ne partant qu'après la fin des cours de la journée, s'occupant de tout, voyant tout.
"... en 1923, après deux promotions d'EOR., la situation matérielle s'améliora. L'arrivée des E.O.A. valut un lustre supplémentaire à la petite école et lui donna un nouveau motif de vigueur.
... Etoffée progressivement de cours de tir pour les lieutenants et les capitaines (d'active), de cours de perfectionnement pour sous-officiers de carrière, et enfin de cours d'orienteurs et d'officiers d'antenne, elle évolue magnifiquement. Une demi-douzaine de cours divers ! Pourquoi une telle concentration "d'enseignements" dans une école à l'origine si misérable - Aux vivants d'aujourd'hui qui ignoreraient, ou feindraient d'ignorer, les résultats vraiment remarquables qu'obtenait contre vents et marées ce monastère militaire de Poitiers - façon de contester la valeur du "système" et celle de ses cadres ! - à ceux-là de répondre
... Quand pendant près de vingt ans, on se tient sur les sommets, il faut vraiment que les fondations soient solides et les matériaux de qualité !"

POITIERS 1971

Sur l'initiative d'un groupe d'anciens E.O.A., un monument à la mémoire des morts de l'école militaire d'artillerie a été ériqé au quartier Aboville, le 1er mai ; les cérémonies d'inauguration ont attiré un grand nombre d'anciens instructeurs et élèves. Le général de corps d'armée Navereau, ancien capitaine instructeur, ancien commandant de l'E.A.A. à Idar, honorait de sa présence cette mémorable journée et présidait le déjeuner au cours duquel il prononça une courte allocution traduisant la profonde émotion de tous, anciens, cadres, élèves, rendant un vibrant hommage à celui qui a créé, animé, commandé l'école, en fit sa chose et sa fierté, le colonel Augé : "Sa grande ombre domine encore nos souvenirs, comme il nous dominait lorsqu'à 6 heures du matin, droit dans sa selle, il nous attendait dans la brume et le froid du camp de Chalons pour inspecter les brigades." ... "Vive l'artillerie, en pleine évolution, mais dont l'esprit demeure, entretenu par nos fils !". Le général Le Ray, président de l'Epaulette, a traduit ses impressions par cette phrase : "La journée du 1er mai a été un grand succès à tous les égards".
Le 07 octobre 1972, le groupement de l'Epaulette de la Vienne a tenu à marquer le cinquantenaire de la création de l'E.M.A. en organisant un nouveau rassemblement que le général Delisle commandant de l'école d'application de Châlons est venu présider. Dans l'allocution qu'il a prononcée, après avoir présenté un rapide historique des écoles d'artillerie, il poursuit : " ... dans cette fresque, l'école militaire d'artillerie de Poitiers prend un relief particulier : comme son aînée, l'école de Châlons de 1792 , elle a vu le jour dans la pénurie, et la modicité des moyens qui lui ont été accordés n'a pu être palliée que par l'enthousiasme, l'esprit d'entreprise et la compétence de ses cadres, la foi de ses élèves : hommage doit leur être à tous rendu et en particulier au colonel Augé qui créa ici l'école militaire d'artillerie et en assura le commandement pendant cinq ans. ... L'existence de l'école militaire d'artillerie a été brève : 18 ans tout juste ... elle n'a pas eu le temps de vieillir ! mais ce furent dix huit années particulièrement fécondes pendant lesquelles plus de 20 000 officiers d'active et de réserve y furent formés dans les plus pures traditions de l'artillerie ... dix huit années dont nous gardons fidèlement le souvenir parce que toutes entières consacrées au service de la Patrie !"
Cet émouvant rassemblement d'octobre 1972 a été le prélude à d'autres pélerinages : à tour de rôle, les promotions viennent à l'occasion de leur cinquantenaire, de leur quarantenaire se recueillir devant le monument aux morts : journées d'anniversaire, mais aussi de retrouvailles fraternelles et amicales.

1945 - L'ECOLE D'APPLICATION DE L'ARTILLERIE A IDAR-OBERSTEIN

Immédiatement après la fin des hostilités et sur proposition du général Navereau, commandant l'artillerie du 2° corps d'armée en Allemagne, l'école est installée à Idar-Oberstein, à proximité du champ de tir de Baumholder, le plus grand d'Europe à l'époque. L'école comprend trois ensembles:
- la Klotzberg Kaserne (rebaptisée Jeanne d'Arc) qui abrite les salles d'instruction, les bureaux et les élèves ;
- la Strassburg Kaserne (quartier Strasbourg) où est logé le groupe-école (1/67° R.A. puis 1/66° R.A., puis 1/47° RA.) ;
- la Mohlschule (quartier Clappier) destinée à une batterie du petit état-major.
L'école ouvre ses portes en octobre 1945. Les promotions issues de Cherchell y suivent un cours de perfectionnement. L'année suivante arrive la première promotion d'élèves-officiers formés à COETQUIDAN.
L'école assume, à partir de ce moment-là, la formation des officiers d'active, des officiers de réserve, des commandants de batterie et de groupe, missions dévolues avant 1939 aux écoles de Fontainebleau et de Poitiers et au cours de tir de Mailly.
La commission d'études pratiques de tir d'artillerie (C.E.P.T.A.) appelée plus tard centre d'études tactiques et d'expérimentation d'artillerie (C.E.T.E.A.) qui succède au cours de tir de Mailly lui est rattachée.
De 1945 à 1952, plus de 3000 officiers passent par cette école et se distinguent en Extrême-Orient et en Afrique du Nord.
En 1952, l'école d'application de l'artillerie regagne la France.

L'ÉCOLE D'APPLICATION DE L'ARTILLERIE SOL-AIR A NIMES

I. - Période 1915 - 1918

ARNOUVILLE-LES-GONESSE.


- L'école est créée par arrêté ministériel du 28 juin 1915 sous le nom de: "Centre d'instruction de tir contre aéronefs". Les unités nouvelles y font un stage de quelques semaines, puis, sous la direction du commandant du centre, vont exécuter des tirs dans une section du front.
Au centre encore, les officiers des unités des armées viennent étudier les méthodes de tir et les nouveaux matériels.
En 1916, le centre est transformé en "cours pratique et commissions d'études pratiques" dont le chef d'escadron Pagez y prend le commandement. Les progrès de la défense contre avions s'affirment chaque jour grâce à l'école d'Arnouville.

AVORD.


- En 1918, l'école d'Arnouville devient insuffisante pour assurer la formation des nouvelles unités. Dans ce but, un "Centre d'organisation d'artillerie" est installé au camp d'Avord.
De plus, pour propager les doctrines nouvelles et mettre à l'essai les procédés nouveaux, est crée en 1918 au Fayel (Oise) un "Centre d'instruction et d'études de D.C.A. Il comporte quatre écoles :
· artillerie, mitrailleuses
· éclairage, moyens défensifs
· un centre d'instruction générale tactique
· un centre d'études et d'expérimentations tactiques.
Le 17 mars, après l'offensive allemande, le centre d'instruction est replié sur Pont-sur-Seine (Aube) et son activité sera mise en relief avec les progrès réalisés par les différents moyens de défense antiaérienne.

II. - Période 1919 - 1940

Après la guerre, l'activité des centres va se ralentir. En 1919, le cours de tir d'Arnouville est transféré à Pont-sur-Seine et devient école de D.C.A.

MONTARGIS.

- En 1921, l'école, rattachée alors ainsi que les cinq régiments de D.C.A. à la direction de l'aéronautique, est transférée à Montargis (Yonne). Les écoles à feu ont lieu à l'étang de Cazaux (Gironde).

LONGEVILLE-LES-METZ.

- En 1922, la D.C.A. est rattachée à nouveau à la direction de l'artillerie. L'école s'installe à L.ongeville-les-Metz et prend le nom de : "Cours pratique de défense contre aéronefs". Les stagiaires sont soit volontaires, soit désignés d'office et viennent des unités de D.C.A. comme des autres unités d'artillerie.
Tous les stages comprennent des séjours en camp, et des écoles à feu ont lieu à Antibes, Tahure, Cazaux, Biscarosse et à la presqu'île de Giens. Le cours comprenait également une commission d'études pratiques des D.C.A.

BISCAROSSE.

- En 1939, conformément au plans de mobilisation, le C.P.D.C.A. se replie à BISCAROSSE où il assure essentiellement la formation d'élèves aspirants (environ 400). Le C.P.D.C.A. est dissous à l'armistice et le matériel est envoyé au Maroc. En 1941 et 1942, il fonctionnera à Montpellier.

III. - Période 1943 - 1944

Le 17 janvier 1943, est créé à Tenes (dép. d'Alger) le Centre d'organisation des forces terrestres antiaériennes (C.O.F.T.A. N° 30) dont dépend un Centre d'instruction F.T.A.. Ce dernier assure la formation complète des unités qui vont participer aux différentes campagnes de la Libération, la formation des officiers et sous-officiers destinés aux unités F.T.A. ainsi que la préparation des sous-officiers candidats à Cherchell.

IV. - A partir de 1945

Le 1er Février 1945 est créé à Nîmes le Centre d'instruction des F.T.A. après dissolution du C.O.F.T.A. de Tenes et du C.O.F.T.A. 315 de Marseille.
Le Centre d'information des F.T.A. (C.I.F.T.A.) devient cours pratique de tir antiaérien. Il s'installe au quartier Bruyère. Le cours pratique va prendre une importance croissante.
Le 1er mai 1952, le cours devient école de spécialisation antiaérienne. En 1972, l'école reçoit le titre d'école d'application de l'artillerie sol‑air consacrant ainsi l'importance accordée à cette subdivision d'arme.
Alors qu'auparavant, une partie de la formation des sous‑lieutenants ayant choisi l'artillerie sol‑air se déroulait à Châlons, à partir de 1972, leur formation d'artilleur va se faire à Nîmes.



V. ‑ 1983

L'école d'application de l'artillerie sol‑air doit quitter Nîmes pour rejoindre Draguignan aux côtés de l'école d'application de l'artillerie sol‑sol.




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